Réflexion sur ma saison, mon avenir en agriculture

Je ne me vois pas une saison sans jouer dans la terre, sans taquiner la nature et courtiser dame météo.

La période des Fêtes est déjà terminée. Une période de sentiments opposés entre le plaisir de prendre du temps en famille et de décrocher tout en vivant un vide qui m’entraîne dans une réflexion intérieure sur ma saison, mes choix, mon passé et mon avenir.

Je réussis enfin à dormir plus tard le matin. Je commence même à apprécier cette période de paresse. La ferme fonctionne au ralenti et je peux aller y faire de petites saucettes sans objectifs ni obligations. Je me sens plus fatigué qu’à l’habitude! Je lis beaucoup. J’écoute les gens autour de moi, j’observe la nature et j’essaie de m’écouter et de me comprendre.

Je ne suis pas fort sur les résolutions, les souhaits, les cris de ralliement. Depuis que je suis tout jeune, je suis toujours le solitaire-silencieux parmi le groupe. Je me rappelle la saison où j’avais reçu le trophée du meilleur gardien de but de la ligue. C’était écrit sur le côté : seul dans son coin, il ne fait pas de bruit. C’est dans sa cage qu’il agit.

Je suis plus du genre « just do it », sortir de ma zone de confort et me dépasser. Hey cibole, on est constamment hors sentier. Ça prend de la confiance, de bons ressorts et du moteur! Trop de projets en tête, je me demande où je vais piger l’énergie pour reprendre le rythme. Veux-tu bien me dire pourquoi je me complique la vie? Pas pour le cash certain. Ce serait plus payant vendre à fort prix que de cultiver. Mon problème, c’est que je serais malheureux. Je ne me vois pas une saison sans jouer dans la terre, sans parcelles d’essais, sans taquiner la nature et courtiser dame météo.

Ça me paraît une montagne aujourd’hui, mais seulement quelques minutes de soleil sur mes joues et je sens l’appel. Depuis tout jeune, j’ai du sable dans les veines! Je plane comme l’épervier au-dessus de ma tête. Tellement beau une ferme du haut des airs. Combien d’étapes traversées. Hey, je me vois longeant les murs au secondaire avec la face rouge et les trous de mémoire pour deux minutes d’exposé oral. Le vide brutal après le départ de mon père. Voir les bâtiments vides sans vie dépérir au rythme du deuil à vivre. Entendre les commentaires pas trop subtils des gens qui ne nous donnaient pas grand chance d’évoluer en agriculture.

Une formation en leadership où je me sentais plus ou moins à l’aise et dans laquelle j’avais obtenu le plus poche score du groupe. Des cultures ratées, des projets abandonnés, quelques désillusions. On prend confiance graduellement sans écouter les commentaires de ceux qui prétendent qu’on ne réussira pas à travailler 390 ha avec un tracteur de 155 ch.

On a un plan bien défini, il faut seulement lui laisser le temps de se concrétiser. Quelques difficultés financières. Un conseiller financier qui juge que je prends trop de salaires. J’étais insulté. J’ai fermé ma trappe et je me suis relevé en augmentant mes objectifs. On regarde loin en avant tout en arrêtant de regarder de l’autre côté de la clôture. Regarder plutôt sous nos bottines et entre nos deux oreilles. Une météo capricieuse, j’en ai fait mon allié. Des prix anémiques, j’ai appris à connaître et comprendre ma ferme au lieu d’essayer de deviner le marché. Pas assez de neige, on s’organise pour la garder.

Mes enfants qui reviennent de l’école et me traitent de pollueur. Ouch! Ça, ça fait mal! Ben, on va se surpasser pour réduire les effets secondaires de nos pratiques. Je plane, c’est beau, c’est positif. Là, ma fierté d’agriculteur commence à sortir! Réussir à augmenter nos rendements de 12 %, nourrir plus de citoyens avec 50 % moins de carburants, moins de gaz effets de serre, c’est déjà valorisant. Je réalise que tout jeune, j’étais producteur agricole avec le temps. J’ai fait de l’agriculture et aujourd’hui, je suis agriculteur. On a une ferme à notre goût, selon notre vision tout en respectant nos objectifs personnels. C’est ce que j’aime faire. On a tellement de beaux projets à venir. Tant que j’aurai la santé, je vais continuer en prenant soin de m’entourer d’énergies nouvelles pour transférer notre passion. J’ai assez plané, je replie mes ailes et je fonce vers mes objectifs. Bonne année!

à propos de l'auteur

Agriculteur et collaborateur

Paul Caplette est passionné d’agriculture. Sur la ferme qu’il gère avec son frère en Montérégie-Est, il se plaît à se mettre au défi et à expérimenter de nouvelles techniques. C’est avec enthousiasme qu’il partage ses résultats sur son blogue Profession agriculteur.

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