Réveil brutal pour les marchés du côté de l’Amérique du Sud

Pendant des semaines depuis le début de l’année 2017, les marchés se sont inquiétés des conditions météo en Amérique du Sud. Ce fût particulièrement le cas à la mi-janvier, lorsque des précipitations excessives et des inondations ont eu lieu dans le centre et le nord de l’Argentine.

Reflétant bien cette inquiétude, et aussi la bonne demande mondiale pour la fève, le prix du soya aura  été particulièrement intéressant jusqu’à tout récemment. En fait, au Québec, j’ai entendu des ventes réalisées à quelques reprises au-dessus de 500 $ la tonne. Pas trop mal quand on sait qu’à la récolte, on parlait davantage de 450 $ la tonne, si ce n’est moins, et qu’il y a à peine un peu plus d’un an, nous frisions 400 $ la tonne.

Par contre, le Département de l’Agriculture des États-Unis aura remis brusquement les pendules à l’heure hier avec la publication de son rapport mensuel d’offre et demande pour le mois de mars 2017.

Dans l’ensemble, ce rapport n’a pas présenté beaucoup de changement, ce qui est assez typique des résultats de ce rapport pour un mois de mars. Toutefois, l’organisation n’aura pas manqué de surprendre les marchés à nouveau, avec un « jab » bien placé.

Malgré les mauvaises conditions météo de janvier en Argentine, puis des conditions incertaines au Brésil, le USDA estime que les récoltes sud-américaines seront bien meilleures que jusqu’ici anticipé. C’est particulièrement le cas pour celle de soya pour le Brésil qui est passé d’un record de 104 à un nouveau record de 108 millions de tonnes. La récolte brésilienne de maïs n’est pas en reste non plus, avec un bond de 86,50 à un record de 91,50 millions de tonnes.

Dans l’ensemble, Argentine et Brésil combiné, ce sont des récoltes de 163,5 millions de tonnes de soya et de 129 millions de tonnes de maïs qui devraient donc commencer à inonder les marchés présentement. C’est plus que la récolte record de soya américain (117 millions de tonnes) et le 1/3 de celle record de maïs américain de l’automne dernier. Autrement dit, coup sur coup, on parle de récoltes record aux États-Unis, puis en Amérique du Sud. Ouch!!

Faut-il vraiment s’étonner par contre de ces nouveaux chiffres? Pas vraiment. Dans les dernières semaines, plusieurs firmes d’analyse et organisation avaient déjà ouvert la porte à l’idée que malgré des conditions météo incertaines, il fallait s’attendre à des récoltes exceptionnelles, particulièrement du côté du Brésil. D’ailleurs, reflétant cette inquiétude, les marchés éprouvaient déjà certaines difficultés à progresser dernièrement. Le USDA n’aura finalement que cloué le cercueil.

Hier à Chicago, les marchés n’auront néanmoins pas manqué d’encaissé durement le coup, le prix du soya retournant sous la barre de 10,00 $US/boisseau à son creux de début février dernier, et celui du maïs remettant en question sa progression intéressante des derniers mois.

Faut-il à partir d’ici baisser les bras? Brouiller du noir? On peut voir le verre à moitié plein ou à moitié vide, au choix…

D’un côté, avec de tels nouveaux chiffres, il est vrai que les consommateurs ne manqueront certainement pas de grains dans les prochains mois. En ce sens, le marché doit réajuster le tir à la baisse, ce qu’il fait présentement.

D’un autre côté, contrairement aux dernières années, nous avions jusqu’ici démarré 2017 sur de meilleures bases à Chicago. Pourquoi? Surtout parce que la demande pour les grains n’aura pas été aussi forte depuis longtemps. À partir d’ici, une fois que les marchés auront eu tout le loisir de digérer les nouveaux chiffres du USDA, l’attention se tournera alors vers les ensemencements américains qui fourniront sans aucun doute leur lot d’inquiétudes. Le fait que les prix aient tempéré un peu de leur enthousiasme de début 2017 ne fournira alors que de meilleures bases à un éventuel rebond des prix.

Comme quoi, bien souvent, un peu de recul pour mieux bondir ne fait pas de mal. Sauf que pour l’instant, avec les prix qui s’effritent, il faut serrer les dents et patienter en espérant que Dame Nature voudra bien faire des siennes au printemps.

à propos de l'auteur

Collaborateur

Jean-Philippe Boucher

Jean-Philippe Boucher est agronome, M.B.A., consultant en commercialisation des grains et fondateur du site Internet Grainwiz. De plus, il rédige sa chronique mensuelle Marché des grains dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs.

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