2020 : une année à oublier pour les petits grains

On pointe évidemment du doigt la sécheresse

Le constat est le même dans pratiquement tout le Québec : 2020 constitue une très mauvaise année dans les céréales. Deux producteurs témoignent de leur expérience.

La déception était bien perceptible dans la voix de Patrick Juneau. Après quatre jours à battre de l’avoine, force est de constater que le rendement n’est vraiment pas là cette année dans ses champs d’avoine. «D’ordinaire, on va facilement chercher deux tonnes à l’acre dans nos meilleurs champs, alors que cette année, c’est plutôt une tonne et demie», déclare le copropriétaire de Groupe Juno, une entreprise de Saint-Casimir dans Portneuf.

La qualité non plus n’est pas au rendez-vous. «Il y a beaucoup de grains vides, décrit-il. Alors, pour remonter le poids spécifique du grain, on doit le cribler. Et cribler, c’est long quand tu es limité à dix tonnes à l’heure.»

On pointe évidemment du doigt la sécheresse. «Je ne me souviens pas avoir connu une année semblable, lance le producteur de 43 ans. Surtout une sécheresse aussi hâtive. Souvent, on subit les sécheresses en fin d’été.»

Patrick Juneau constate que parmi leurs 900 acres en avoine, ce sont les secteurs avec un sol léger qui s’en sont le mieux tiré. «Les sols légers sont demeurés plus frais, analyse-t-il. C’est l’inverse de ce qui se produit habituellement.»

L’avoine possède la réputation d’être moins sensible à la sécheresse que l’orge ou le blé. Le producteur n’en est pas convaincu. «Cette réputation vient du fait qu’on a souvent cultivé l’avoine sans avoir de hautes attentes, raisonne-t-il. Mais quand tu vises un rendement solide, je n’ai pas l’impression que ce soit si vrai.»

De l’autre côté du fleuve, à Sainte-Monique, Yanick Beauchemin se montre tout aussi déçu de ses champs d’orge. «C’est triste vraiment, rapporte ce producteur de lait. Chez nous comme ailleurs dans la région, le rendement oscille entre une demie et une tonne à l’acre. Pour ce qui est de la paille, on a pressé à peine 36 balles de six pieds dans 20 acres. Normalement, on en fait plutôt entre 75 et 90.»

Travaillant aussi comme agronome au sein du Club Yamasol, le producteur est à même de constater à travers ses visites que la situation n’est pas plus reluisante dans le blé. «Je dirais qu’en moyenne, le rendement frôle la tonne, témoigne-t-il. En temps normal, les producteurs vont plutôt chercher entre une tonne et demie et deux tonnes à l’acre.» Et ce n’est pas la paille qui viendra sauver la mise. «Je connais un producteur qui a pressé seulement 40 grosses balles dans ses 70 acres de blé», dit-il.

Deux mille vingt sera donc une année à oublier dans les céréales. Il reste à voir ce qui adviendra dans les autres cultures. Pour l’instant, le soya paraît promis à un rendement solide. Pour ce qui est du maïs, si certains champs ne se sont pas remis du manque d’eau, d’autres pourraient réserver des surprises. En particulier au plan du poids spécifique.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

Commentaires