Bio et conventionnel, même combat ?

Un débat sur les pesticides fait ressortir les points de convergence entre les deux modes de production

À l’évidence, la question des pesticides soulève un fort intérêt au sein de la population. On en a eu une autre preuve dimanche dernier à Québec lors du débat sur le sujet qui s’est tenu dans le cadre de la Semaine de l’agriculture, de l’alimentation et de la consommation (SAAC). Quelque 120 personnes y ont rempli la salle à ras bord.

Il faut dire que les organisateurs avaient recruté trois panelistes possédant une notoriété certaine auprès des agriculteurs et de l’ensemble de la population. Il s’agit du producteur Paul Caplette, de l’agronome Louis Robert ainsi que du producteur Matthew Dewavrin, des Fermes Longprés, une exploitation de grandes cultures biologiques située à Les Cèdres, à l’ouest de Montréal. Le débat a été animé avec brio par Stéphanie Forcier, coordonnatrice au développement économique des filières agroalimentaires de l’Estrie.

D’entrée de jeu, il faut dire qu’il n’y a pas eu un véritable débat. Pas au sens où on l’entend en général, à savoir une confrontation de points de vue. Deux visions y ont bien été présentées, celle d’une agriculture qui exclut complètement les pesticides et d’une autre où l’on cherche seulement à minimiser leur emploi. Or, les échanges ont démontré qu’il existe de nombreux points de convergence entre les deux écoles et que celles-ci peuvent très bien cohabiter.

Ainsi, bien qu’il appartienne à une famille ayant adopté l’approche biologique, Matthew Dewavrin ne s’est pas élevé contre l’utilisation des pesticides. Le jeune producteur se montre conscient que le bio n’est pas pour tout le monde compte tenu des défis techniques qu’il présente, en particulier lors de la période de transition. Un point de vue que partage Louis Robert, qui estime qu’«il ne serait pas réaliste d’exiger que tous les producteurs deviennent bio».

De son côté, Paul Caplette se décrit comme «un producteur conventionnel avec des pratiques hybrides». On connaît bien ses pratiques grâce à la chronique qu’il tient dans le Bulletin Express. Ses propos lors du débat ont démontré sa volonté très forte de minimiser l’impact environnemental de son exploitation.

Des points de convergence, Louis Robert dit en observer plusieurs entre les producteurs bio et les producteurs conventionnels qu’il qualifie «avant-gardistes». En fait, le conseiller estime que les pratiques des uns et des autres se rapprochent et que les idées et les techniques circulent d’un groupe à l’autre.

Si les trois panelistes souhaitent une diminution de l’utilisation des pesticides, la partie semble à première vue loin d’être gagnée. En 1992, le Gouvernement du Québec s’était donné comme objectif de réduire de 50% l’emploi des pesticides avant l’an 2000. Or, près de trois décennies plus tard, il s’en utilise encore autant et même un peu plus. Néanmoins, Louis Robert croit qu’il serait possible de réduire les pesticides de 30 % d’ici cinq ans. «Des producteurs ont déjà atteint un tel niveau de réduction», souligne l’agronome du MAPAQ.

«Pour parvenir à une telle réduction, ajoute-t-il, les producteurs devront revoir en profondeur leur système de cultures et se donner une stratrégie globale qui fait appel à des techniques comme le dépistage et les cultures de couverture.»

Les panelistes se disent convaincus que la solution passe avant tout par effort plus marqué en transfert technologique. De déclarer Paul Caplette : «Je pense que nous, les producteurs, on va se surprendre nous-mêmes si on adopte une démarche graduelle et si on profite d’un bon accompagnement.»

Invité par l’animatrice à formuler un vœu, Matthew Dewavrin a souhaité que «le MAPAQ brasse la cabane». Il dit aussi espérer davantage d’implication des différents groupes sociaux. «Je voudrais que le consommateur s’exprime encore plus par ses choix à l’épicerie et que le producteur fasse preuve de plus de transparence», a-t-il lancé.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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