Blé : les clés du rendement

27% du rendement d’une culture repose sur l’habileté du producteur

Peter Johnson encourage les producteurs à garder l’esprit ouvert, citant une étude selon laquelle 27% du rendement d’une culture repose sur l’habileté du producteur.

C’est à une classe de maître que les producteurs de blé ont été conviés lors du Rendez-vous végétal du 10 mars. Peter Johnson y a en effet présenté une foisonnante conférence sur la culture du blé. En Ontario, l’agronome est considéré comme LE spécialiste des céréales. Il tient une chronique (Wheat Pete Word) ainsi qu’un balado sur le site web RealAgriculture tout en poursuivant des activités de recherche, de consultation et de production.

En dépit de ses trois décennies d’expérience, l’agronome se questionne à fond sur les moyens de maximiser le rendement dans le blé. Il s’est intéressé en particulier aux pratiques du producteur de la Nouvelle-Zélande qui détient le record mondial de rendement dans le blé, soit 17,4 t.m./ha. «Ça ressemble à un rendement de maïs!», s’exclame-t-il, racontant que le champ est tellement dense que le producteur peut poser son téléphone cellulaire à plat sur les épis.

Peter Johnson encourage les producteurs à garder l’esprit ouvert, citant une étude selon laquelle 27% du rendement d’une culture repose sur l’habileté du producteur. «C’est la même proportion que pour les pilotes de Formule 1», dit-il, y voyant un parallèle intéressant.

Comment se bâtit un rendement supérieur? Le spécialiste s’est attardé sur certains éléments-clés. D’une part, il recommande de semer le plus tôt possible. Il rappelle que le blé est une plante de climat frais. «Le blé apprécie des conditions fraîches, décrit-il. La journée parfaite du blé, c’est une température de 18 degrés Celsius durant le jour et de 10 degrés Celsius la nuit. À partir de 25 degrés Celsius, le rendement baisse en moyenne de 67 kilos à l’hectare par jour. Au-delà de 30 degrés Celsius, la plante cesse pratiquement de fonctionner.»

Peter Johnson souligne aussi que le blé apprécie beaucoup la luminosité. «L’énergie solaire fait une énorme différence», dit-il, ajoutant que la période la plus critique pour la croissance du blé survient 14 jours après la floraison (ou pollinisation).

La seconde recommandation que formule le spécialiste est de préserver le plus possible la verdeur des feuilles. «Si vous vous retrouvez avec des épis verts et des feuilles jaunes, vous laissez du rendement au champ, lance-t-il. Chaque jour où le plant demeure vert pendant le remplissage des grains permet de faire un gain pouvant atteindre 200 kilos à l’hectare.»

Pour préserver cette verdeur, l’agronome suggère d’employer un fongicide. Il présente en appui les résultats d’un essai réalisé à l’Université de Guelph (voir le tableau).

Les résultats d’un essai réalisé à l’Université de Guelph.

Un troisième élément à surveiller étroitement est la disponibilité du phosphore. «Pour le maïs et l’orge, le potassium est particulièrement important alors que dans le cas du blé, c’est plutôt le phosphore», indique-t-il. C’est pourquoi il est important de bien positionner le phosphore en bande au semis (½ po/½ po) ainsi que de bâtir une réserve en phosphore dans le sol.

Enfin, Peter Johnson insiste sur l’influence de l’azote sur le rendement. «L’azote est crucial pour l’obtention d’un rendement élevé, dit-il. Et fractionner son application a en général un effet positif sur le rendement.»

Il signale aussi qu’on a observé une synergie entre l’azote et le fongicide. «La plante a besoin d’un feuillage bien vert pour utiliser l’azote, décrit-il. Il ne faut toutefois pas mélanger l’azote au fongicide dans le réservoir du pulvérisateur. Le fongicide doit être appliqué plus tard en saison.»

Le conférencier a terminé sa présentation en encourageant les producteurs à remettre eux aussi en question leurs pratiques. «Redevenez un débutant!», a-t-il lancé.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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