Des conseils pour récolter dans la neige

La météo des prochains jours jouera un rôle déterminant dans la poursuite des récoltes encore dans les champs

Devant la situation critique des champs de céréales au Québec, le Réseau d’avertissements phytosanitaires (RAP) a émis un état des lieux en plus d’offrir des conseils de récolte selon les conditions sur le terrain.

Selon le RAP, du maïs versé est observé dans plusieurs endroits. “La tempête de vent du 1er novembre qui a suivi d’importantes précipitations sous forme de pluie a occasionné des cas de verse majeure dans les champs de maïs-grain. Le vent combiné au sol gorgé d’eau, principalement en terre argileuse, a favorisé cette verse.”  Selon un sondage effectué le 15 novembre auprès de clubs-conseils en agroenvironnement (CCAE), le RAP indique qu’il y aurait environ 70 % de maïs non récolté en Montérégie. Ce pourcentage varie entre 30 et 80 % selon les endroits. La verse aurait affecté en moyenne 30 % du maïs mais cette proportion affecte entre 10 et 65 % des plants.

Articles connexes

automne, recolte de mais

De plus, le maïs a été enseveli par la neige tombée le 15 novembre, ce qui compliqué énormément les récoltes. “Cette neige a formé une croûte de plusieurs centimètres qui, pour ceux qui doivent battre du maïs versé, entre dans la batteuse et rend l’opération presque impossible”, rapport le RAP.

Les récoltes ont pu recommencer lentement le week-end dernier mais la progression se fait lentement.

Pour les prochains jours, le RAP y va de différentes suggestions, selon les conditions météo à venir. Les prochains paragraphes sont tirés de leur dernier avis.

Maïs-grain : différents scénarios possibles
La température de l’air s’approcherait du point de congélation, tandis qu’on prévoit des températures maximales au-dessus de 0 °C  le vendredi 22 novembre. Le sol risque de perdre de sa portance par rapport aux conditions des jours précédents, en raison de l’effet isolant de la couverture de neige et de la chaleur accumulée dans le sol.

La question est de savoir dans quelle mesure doit-on forcer, ou attendre des conditions plus clémentes. Il est possible d’envisager la récolte mais il survient alors un problème important : la neige durcie est ramassée par la batteuse, ce qui embourbe le système de séparation et de criblage du grain.

Pour la suite, le scénario idéal serait de connaître plusieurs jours de dégel, ce qui ferait fondre le reste de neige, et ensuite, une période de quelques jours sans neige, avec des températures continuellement sous zéro. Les prévisions météorologiques indiquent justement des températures journalières au-dessus de zéro pendant le jour, et des températures nocturnes au-dessus de -4 oC, ce qui permettra la fonte de la neige. Pour la suite, il faut espérer un refroidissement des températures, sans précipitations, pour entrer aux champs. Il est impossible que le sol se ressuie d’ici l’arrivée de l’hiver. Donc, la seule possibilité pour que le sol toujours gorgé d’eau puisse supporter le poids des équipements serait qu’il demeure à découvert suffisamment longtemps pour qu’il gèle à nouveau rapidement et profondément. Ce qui, au mieux, nous reporte plutôt au début de décembre, sinon vers la mi-décembre.

Si ce scénario s’avère (redoux, fonte de neige, gel prolongé sans neige), il faudrait alors procéder à la récolte, préférablement de nuit et tôt le matin. Selon le RAP, les producteurs auraient plus de chances de sauver la récolte de cette façon qu’en misant sur une récolte en janvier (maïs versé sous la neige) ou au printemps (épis tombés, risques de moisissure fortement accrus, risques de compaction, etc.).

Si jamais d’autres averses de neige se produisent, coiffant les épis, il faudrait choisir autant que possible des moments où la température de l’air descend sous -12 °C, pour s’assurer que cette neige soit rejetée hors de la batteuse avant de fondre.

En ce qui concerne la qualité du grain, un maïs versé qui ne touche pas le sol conservera sa qualité si les températures autour de l’épi se maintiennent en dessous de 4 °C. Dans la neige, les températures qui avoisinent 0 °C empêcheront le développement des moisissures, ce qui devrait empêcher le maïs de se détériorer.

Soya : état de la situation en Montérégie et scénario espéré
Selon notre sondage, le soya est récolté à environ 90 %. Le soya non récolté a été moins touché par la tempête de vent que le maïs, mais la neige au sol peut cependant créer des pertes importantes de qualité de grain selon la température et la couche de neige présente.

Le RAP met l’accent sur ce point: pour le soya non récolté, la neige devra fondre et être suivie d’un gel pour permettre le battage. Les options sont plus limitées, et les risques de perte de qualité et de rendement plus élevés.

Source: RAP

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires