Du lard, du blé et du fromage


*Plus fréquemment que l’on pense, on découvre que les analyses de fourrage sont pour le moins négligées. On manque de temps pour être systématique, on regroupe tout ensemble, on fait un beau « melting pot », ou on oublie jusqu’à ce que le nutritionniste le demande et on procède à l’échantillonnage de ce qu’on a sous la main. Et pourtant, il s’agit là de la première ligne d’informations pour la nutrition du cheptel et l’ajustement de sa régie aux champs.
Si on considère que l’alimentation constitue une part importante des coûts de production, et que l’analyse des fourrages nous permet d’attribuer les aliments les plus nutritifs aux éléments les plus productifs de la ferme, pourquoi s’en priver ? En effet, un fourrage de piètre qualité ne permettra pas aux animaux d’être productifs à la hauteur de leur potentiel, cela va de soi. Comment attribuer les fourrages hautement digestibles, nutritifs, appétents et à forte valeur si on ne connaît pas leur valeur réelle ? Comment les commercer, les vendre ou les acheter à juste prix ? Quels suppléments nutritifs ou fourrages additionnels devront être acquis pour combler les besoins du troupeau ?

Certaines fermes font une belle moyenne en mélangeant tout et ajuste ensuite l’alimentation. Mais est-ce que tous les champs, toutes les espèces et toutes les variétés végétales produisent toujours exactement la même valeur alimentaire de fourrages ? Y a-t-il un champ, des champs ou des parties de champs qui font chuter la valeur alimentaire d’un ou plusieurs composant de ma moyenne ? Mon savoir-faire me permet-il de bien différencier ? Peut-on corriger par une régie différente, une meilleure fertilisation, un chaulage ? En certaines occasions c’est facile mais parfois…

Cessons de regarder un champ comme du simple fourrage mais voyons-le comme un « potentiel de nutriments » à valoriser. Ensuite, on pourra agir pour améliorer la « moyenne » et aller chercher le maximum selon les besoins. Mais comment agir si on considère que tout est pareil partout sans base objective de décision ?

Pour votre alimentation, prévoyez un échantillonnage au champ rigoureux et rapide qui vous permettra d’agir efficacement. Cela vous permettra de cibler vos interventions. Essayez de regrouper les ensembles logiques de votre chantier de récolte et validez ultérieurement avec votre nutritionniste. Tout comme les cartes de rendement nous fournissent quantité de renseignements, les analyses de fourrages nous offrent un aperçu de notre rentabilité et des points à améliorer et à surveiller.

Autrement, c’est comme dans la légion romaine d’Astérix, où du blé du lard et du fromage mélangés ensemble étaient offerts comme repas aux légionnaires pour sauver du temps. On n’obtiendra jamais la meilleure rentabilité en alimentation en agissant ainsi et la même question restera toujours en tête : mon foin est-il aussi bon que désiré ou aussi moyen ? Visons l’excellence !

*Texte réalisé en collaboration avec le Conseil québécois des plantes fourragères. Les propos exprimés dans le texte relèvent toutefois de l’auteur et n’engagent pas le CQPF.

 

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