Foin mouillé, foin fichu?

Il existe des solutions pour amenuiser les conséquences d’un foin humide ou encore contenant trop de fibres. Martine Giguère, membre du Conseil québécois des plantes fourragères et directrice au développement des affaires chez Agro-Bio Contrôle, y va de quelques commentaires.

Le foin sec administré aux vaches sert à fournir l’apport en fibres pour la rumination. L’ajout lors du pressage d’un inhibiteur de moisissures est recommandé afin d’empêcher leur développement dans un foin trop humide. « L’acide propionique a pour but d’inhiber le développement de moisissures et de levures. Cet acidifiant a de plus un impact sur l’appétence du foin. On peut aussi travailler mécaniquement le foin mature pour briser la fibre au champ en utilisant par exemple un système rotocut lors du pressage ».

Pour l’ensilage, le foin trop mature est plutôt déconseillé. Le fourrage plus avancé est plus fibreux, plus difficile à compacter et retient donc davantage l’air. Le risque de combustion spontané est bien présent. La présence d’air facilite aussi le développement de moisissures. Des plantes matures ont une faible teneur en sucres et cela favorise une fermentation butyrique, ce qu’on veut à tout prix éviter.

Une solution à un foin mature au moment de la coupe est aussi de l’enrober à un taux d’humidité de 25 à 30% en appliquant un acidifiant. « Il faut briser la fibre, presser le foin le plus serré possible, appliquer un inhibiteur de moisissures et enrober les balles pour en augmenter la conservation. »

Il faut surtout éviter de donner du foin contaminé dans les RTM. Une fois en contact avec la RTM, les moisissures et les levures se développent de manière exponentielle et se propagent dans les rations. Lire les étiquettes et suivre les instructions au sujet de l’application d’acidifiants figurent aussi dans les règles de base afin d’obtenir un foin de la meilleure qualité possible malgré des conditions difficiles.

Le spécialiste bovin Barry Potter du MAAARO rappelle que cinq ou six jours suffisent pour que les valeurs idéales de votre foin de luzerne à 20 % de protéines brutes, 30 % de FDA et 40 % de NDF se détériorent et se fixent à 17, 34 et 45 % respectivement. Il suggère aussi quelques rajustements sur les plans de l’alimentation et de la gestion:

  • Analysez tous les fourrages avant de les servir et équilibrez les rations plus souvent.
  • Inspectez les fourrages secs et les ensilages fermentés pour déceler tout endommagement par la chaleur.
  • Sachez où vous avez stocké les aliments de qualités différentes. Réservez le fourrage de meilleure qualité pour les vaches très productives ou en début de lactation, ou pour les périodes de l’année où le nombre de vaches fraîches est plus élevé.
  • Si le foin est de piètre qualité, servez de 15 à 25 % plus d’aliments qu’à la normale. Laissez les vaches faire le tri et choisir les meilleurs morceaux.
  • Dans le cas d’une ration totale mélangée (RTM) avec une longueur de hachage réglable, hachez le foin un peu plus fin pour améliorer l’ingestion et la digestibilité. S’assurer cependant de conserver une longueur suffisante des fibres.
  • Servez plus d’ensilage de maïs ou d’ingrédients riches en fibres, tels que des enveloppes de soya, de la pulpe de betterave, des drêches de brasserie ou des graines de coton.
  • Planifiez d’acheter plus d’aliments protéiques. Pensez à des produits de remplacement tels que des drêches de distillerie, de la farine de gluten de maïs, du tourteau de canola ou encore du soya brut.
  • Réglez le type ou la quantité de mélange minéral en fonction de la baisse des taux de calcium.
  • Surveillez l’apparition de moisissures dans les aliments ou la formation de mycotoxines. En cas de doute, abstenez-vous de servir ces aliments.
  • Envisagez de servir deux RTM. Utilisez les fourrages de qualité inférieure dans la RTM des plus faibles productrices.
  • Servez des aliments à base de levures ou de cultures de levure pour augmenter le nombre de bactéries qui digèrent la cellulose dans le rumen.

 

Source: MAAARO

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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