Du soya au sommet de sa forme

Malgré des conditions impossibles avec un printemps et un début d’été excessivement secs, le soya se porte comme un charme en Montérégie. “On ne peut pas demander mieux “, selon Alain Létourneau, président-directeur-général de Prograin, qui a bien voulu donner un bilan de santé de la légumineuse à deux mois des récoltes.

Depuis que le temps sec a pris fin au Québec, les cultures ont littéralement explosé. Les conditions dans les champs sont à leur meilleur depuis le début de l’année, selon le plus récent bilan des cultures.

La pluie qui est venu soulager depuis la mi-juillet la sécheresse a réussi à sauver la mise. Toutefois, selon M. Létourneau, “il était minuit moins une”. “On est assez optimiste cette année. On s’attend à une bonne récolte (…) Idéalement, ça nous prendrait un 25 ml de pluie par semaine jusqu’à la fin août pour aider au remplissage des gousses”. Le soya a mieux supporté le stress hydrique du printemps, si on le compare avec le maïs qui a davantage souffert du manque d’eau, comme on pouvait le constater dans les champs. “Le temps sec a favorisé le développement du système racinaire de la plante qui s’est bien développé. En juin, la floraison a été aidée par le temps sec et les nuits chaudes”, autant de conditions, estime le pdg, qui devraient porter ses fruits quant au rendement.

Les conditions sèches au printemps ont permis de mettre en place des lits de semences adéquats, bien que plusieurs producteurs aient dû faire avec de nombreux débris au champ au moment des semis en raison de la fin de saison 2019 qui a contraint à limiter les travaux. Le semis direct et le travail minimum du sol ont été des pratiques nombreuses dans la région. “On a eu de la chance d’avoir ces conditions. En 35 ans en agriculture, je n’avais jamais vu un printemps comme celui-là”, remarque M. Létourneau.

Les soucis sont peu nombreux pour l’instant dans les champs. Les mauvaises herbes ont causé un peu de problèmes au printemps, mais les applications ont été peu nombreuses somme toute cette année. Même la scléorotinia qui profite habituellement de conditions plus humides pour se propager se fait timide. “Les précipitations sont arrivées tard, alors que la sclérotinia s’installe par les fleurs. Comme la floraison était terminée quand la pluie est arrivée, on n’a pas constaté ce problème”, explique M. Létourneau. Les champs bénéficient également d’une bonne ventilation, malgré que les rangs soient maintenant couverts.

Selon le Réseau d’avertissement phytosanitaire (RAP), peu d’interventions ont été nécessaires jusqu’à maintenant. Les conditions chaudes et sèches observées au mois de juillet ont été favorables au développement du tétranyque à deux points qui a été relevé dans plusieurs champs en Montérégie. La pluie des derniers jours et les températures plus clémentes  jours pourraient ralentir le développement de l’insecte et favoriser la propagation des ennemis naturels. Quant à la sclérotinia ou pourriture à sclérotes, les stades du soya varient présentement de R2 à R5, selon la région et les dates de semis. Comme la maturation varie beaucoup, la maladie pourrait profiter du temps humide pour proliférer mais le RAP rappelle qu’il n’y aurait pas de bénéfice économique à traiter après le stade R4 du soya. Le chrysomèle du haricot qui en est à sa deuxième vague et les autres défoliateurs n’ont pas fait de dommages notables.

Bon an, mal an, le soya tire son épingle du jeu malgré les conditions pas toujours évidentes qui prévalent dans la province. La pluie et le froid ont souvent causé des maux de tête au printemps, tout comme le manque d’eau en cours de croissance, ou encore les gels précoces. Les rendements sont au rendez-vous et augmentent à chaque année, un résultat dû à une meilleure génétique, de meilleures pratiques et de meilleures connaissances sur le soya, selon le dirigent de Prograin. Même si les conditions sont considérées difficiles ici par moment, d’autres régions dans le globe affrontent des conditions encore bien pires et réussissent tout de même à tirer leur épingle du jeu, observe M. Létourneau. Comme quoi, il sera toujours possible de s’adapter aux changements et d’obtenir des résultats.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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