La récolte de 2021 ne passera pas à l’histoire

La récolte de 2021 ne passera pas à l’histoire

L'année 2021 risque en effet de ne pas s'inscrire dans les annales, sauf peut-être pour les mauvaises raisons serait-on porté à croire après la présentation des résultats de la Tournée des grandes cultures du Québec.

Le responsable de cette grande opération d'observation et d’échantillonnage dans quatre grandes régions de la province, Jean-Philippe Boucher, a livré ses prévisions lors d'un webinaire jeudi. Malgré un bon début, la sécheresse de l'été a eu raison du maïs avec un rendement anticipé de 9,68 tonnes à l'hectare, soit 7,2% de moins qu'en 2020. La production totale se chiffrerait à 3,4 millions de tonnes pour le Québec, avec un écart de plus ou moins 107 000 tonnes. Le rendement de 2021 serait à peine plus élevé que celui de 2019 qui se situait à 9,65 t/ha, tandis que la production serait la plus petite depuis 2011. Il faut relever que les terres cultivées en maïs au Québec sont les moins grandes depuis 1995.

Le portrait pour le soya peut sembler meilleur avec un rendement attendu de 954 gousses sur une superficie de 3x3 pieds carrés, soit un résultat supérieur à la moyenne des huit dernières années avec 888 gousses. Le rendement serait toutefois décevant à 2,5 à 2,9 t/ha pour une production totale de 1,08 millions de tonnes, surtout en considérant que les superficies au Québec cette année sont les plus élevées depuis 2018. Le rendement moyen sur cinq ans est de 3,1 t/ha.

Comme M. Boucher prend le soin de mentionner, les prévisions sont basées sur les 442 échantillons faits sur le terrain et des champs pourraient afficher de meilleurs résultats. Au sujet du maïs, le potentiel maximum pourrait se situer à 11,74 t/ha, soit au-dessus de la moyenne des huit dernières années. La pollinisation a eu lieu dans de bonnes conditions en juillet, mais la sécheresse du début de saison et du mois d'août ont affecté de nombreux champs, surtout dans les sols plus légers. Les meilleurs rendements sont attendus en Montérégie-Centre/Sud avec 9,98 t/ha.

Il serait étonnant dans le cas du soya que les résultats soient meilleurs puisque la sécheresse du mois d'août a empêché les gousses de se remplir adéquatement avec comme résultat des fèves avortées. Le poids de ces dernières risque également d'être inférieur à la normale. La Montérégie Est affichait les meilleures perspectives de rendements avec 1079 gousses.

La rétrospective de Cynthia Lajoie, agronome pour Pioneer, a d'ailleurs permis de revoir les facteurs déterminants de la saison jusqu'à maintenant. L'année 2021 a été ponctuée par deux sécheresses, en début et fin de saison en août. Le temps sec d'avril et mai a induit une levée inégale et favorisé les mauvaises herbes avec des contrôles herbicides moins efficaces, ce qui se répercute sur l'état actuel des champs. Les pucerons s'en sont donnés à cœur joie dans le soya avec le temps sec. Le temps plus frais en juillet a donné un répit tout en offrant de bonnes conditions à la pollinisation du maïs. La moisissure dans le soya sera, par contre, à surveiller puisque la baisse du mercure a favorisé les sclérotes.

La verse est aussi à surveiller dans le maïs. Les plants à la recherche de toute l'énergie possible pour remplir les grains alors qu'ils étaient en carence d'eau pourraient fragiliser les tiges. Une récolte précoce au-dessus du taux d'humidité pourrait être envisagée, recommande l'agronome, afin d'éviter les pertes. Certains producteurs prévoient d'ailleurs une récolte de maïs-grain à la fin du mois pour les variétés les plus hâtives, tandis que le soya pourrait débuter bientôt, compte tenu du niveau avancé de la perte de feuilles dans certains cas. Questionnée sur l'impact d'un gel à ce stade-ci des cultures, l'agronome estime que les dommages seraient loin d'être aussi importants qu'en 2020 puisque la maturité des plants est plus avancé. Les rendements risquent toutefois d'être affectés par la sécheresse qui aura eu un impact sur le poids spécifique des grains.

Et quant est-il des prix sur les marchés pour les prochains mois? Simon Brière, analyste pour R.J. O’Brien & Associés Canada, a remis en contexte les prix et l'environnement économique. La forte fluctuation des prix devrait demeurer encore pendant un certain temps selon lui en raison du resserrement des stocks, autant pour le soya que le maïs. Le moindre élément pourrait faire tanguer les marchés, mais avec une récolte jugée correcte aux États-Unis et des prix historiquement élevés, l'analyste estime qu'il serait étonnant que les prix repartent à la hausse dans les prochains mois. La demande de la Chine est à ce chapitre toujours à surveiller, tout comme la production croissante en provenance du Brésil.

En arrière plan se joue aussi de nombreux défis économiques causés par la pandémie. L'injection massive d'argent par les divers pays pour stimuler les économies a créé une inflation qui pourrait se transformer en spirale. Au lieu d'être un épisode passager, l'inflation actuelle pourrait demeurer un certain temps, surtout que les pénuries de tout genre (matériaux, main-d’œuvre, etc.) devraient devenir une réalité omniprésente dans les mois à venir. Les gouvernements auront aussi à faire face aux dettes qui ont atteint des sommets avec la pandémie.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires