Le maïs a-t-il plus chaud qu’avant? Oui et non!

Les changements climatiques ont eu des effets surprenants sur l’agriculture jusqu’à maintenant

COVID oblige, le Salon de l’agriculture de Saint-Hyacinthe s’est tenu en ligne cette année. Son programme comportait une webconférence présentée par l’agronome Jeff Schussler. Ce chercheur retraité de Corteva Agrisciences, qui agit maintenant comme consultant, a brossé un portrait éclairant et par moment surprenant des effets que les changements climatiques ont eus sur l’agriculture jusqu’à maintenant. Le scientifique a mis l’accent sur le maïs et le soya en focalisant sur le territoire américain, mais plusieurs de ses observations peuvent également s’appliquer au Québec.

D’entrée de jeu, le conférencier rappelle que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a grimpé rapidement au cours des dernières décennies et qu’elle dépasse maintenant les 400 ppm. Il faut reculer de trois millions d’années pour retrouver un tel niveau de CO2 dans l’atmosphère. Le fait est généralement admis, souligne-t-il, que cette hausse conduit à une élévation de la température.

Une élévation qui est susceptible de nuire aux cultures. M. Schussler indique que la température optimale de croissance du maïs et du soya se situe entre 15 et 32 degrés C. Au-delà de 32 degrés, le rythme de croissance chute. Une température élevée conduit à une diminution de l’efficacité de la photosynthèse et donc à une baisse du rendement. Au-delà de 35 degrés, la pollinisation du maïs ne se fait plus et il meurt. Le soya se montre un peu plus résistant avec un seuil à 39 degrés.

Cependant, l’élévation de température des dernières décennies n’a généralement pas affecté la productivité du maïs aux États-Unis. Pourquoi? Parce que ce sont surtout les températures nocturnes qui ont augmenté, lesquelles sont évidemment plus basses que les températures diurnes. «Des nuits plus chaudes ne constituent pas un problème réel sous nos latitudes», commente-t-il.

Il souligne que les températures diurnes ont même diminué dans certaines régions. C’est le cas notamment dans les états du Corn Belt depuis 40 ans. Mais le taux de CO2 dans l’atmosphère n’a rien à y voir. D’expliquer le scientifique : «On a constaté que dans les régions où la culture du maïs est très intensive, la transpiration par le feuillage a pour effet d’abaisser la température maximale.»

«Par contre, ajoute-t-il, comme cela crée beaucoup d’humidité dans l’air, il peut en résulter de l’instabilité météorologique et davantage d’averses intenses. C’est donc une épée à double tranchant.»

Pour revenir à la hausse du taux de CO2 , celle-ci a eu un effet positif en allongeant la période sans gel. «De 1993 à 2012, la période sans gel a gagné 10 jours dans le nord-est américain», signale-t-il.

Deux autres phénomènes liés au CO2 

Ce n’est pas le seul effet positif de la hausse du taux de CO2. «Elle entraîne une diminution de la transpiration des feuilles, explique M. Schussler. Cela conduit à une meilleure efficacité de l’utilisation de l’eau par la plante. Par conséquent, l’augmentation du taux de CO2 peut être favorable à une hausse de rendement, en particulier dans les régions sèches.»

Un autre effet bénéfique vient s’ajouter. «Un taux de CO2 plus élevé stimule la photosynthèse chez les plantes de type C3 comme le soya et le blé, indique-t-il. Si la concentration de CO2 atteint 550 ppm en 2015, tel qu’on le prévoit, il pourrait en résulter une hausse de rendement de l’ordre de 10 % à 25 % dans ces cultures.»

À ne pas manquer : Dans la prochaine édition du Bulletin Express, la suite de l’analyse de Jeff Schussler : les sécheresses et les vagues de chaleur ne surviennent pas plus souvent alors que les précipitations sont plus fréquentes et intenses.

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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