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Lutte intégrée: coût nul pour les entreprises en grandes cultures

L'utilisation des pesticides entraine des coûts lorsque mal utilisé

La gestion intégrée des ennemis des cultures (GIEC) est efficace pour les grandes cultures et augmente même les rendements, indique une étude menée par l’Institut de recherche et de développement en agroenvironnement (IRDA). L’organisme a réalisé pendant deux ans une analyse économique sur 115 entreprises, en plus de présenter un condensé de ses recherches en phytoprotection et de la littérature sur le sujet. Les résultats présentés dans un récent bulletin indiquent que la diminution de l’utilisation des pesticides n’a pas d’effet négatif sur la rentabilité, que ce soit pour les céréales à paille, le maïs-grain et le soya. L’effet serait au contraire positif sur les rendements et la rentabilité.

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L’étude a démontré que les pesticides étaient souvent utilisés sur une base préventive, tout en n’étant pas appliqués de manière optimale, ce qui peut avoir un impact considérable sur les plus gros consommateurs de ces produits. La meilleure approche est de les utiliser seulement au besoin, indique l’IRDA.

« On voulait aborder deux grandes questions : Quels sont les impacts sur la rentabilité et quels sont est la variabilité des risques au niveau du rendement », explique Luc Belzile agronome, économiste, chercheur en économie de l’agroenvironnement qui a mené le groupe de recherche à l’IRDA.

« Les résultats (…) tendent à démontrer que les pesticides pourraient être rationalisés en grandes cultures sans affecter la viabilité économique et financière des entreprises, ni accentuer le risque économique », résume le chercheur.

L’étude conclut que les pratiques courantes quant à l’utilisation de pesticides servaient d’assurance contre le risque.  « C’est un outil de gestion du risque et le niveau d’utilisation pourra dépendre en bonne partie de la tolérance au risque du producteur », peut-on lire dans l’étude. « On s’est rendu compte que l’utilisation de fongicides par exemple n’était pas optimale dans le cas du soya. La hausse de rendement à l’hectare n’étaient pas suffisants pour couvrir les coûts supplémentaires », illustre M.Belzile.

La lutte intégrée a des effets différents du point de vue économique sur les cultures. Dans le cas des céréales à paille, la lutte intégré augmente le rendement mais demande plus de main-d’œuvre. Pour le maïs-grain, la GIEC ne s’accompagne pas d’une hausse des rendements mais a un effet sur la marge des coûts variable plus élevée pour les entreprises qui adoptent le plus la GIEC – (585,24 $/ ha) comparativement à celles qui l’adoptent le moins (406,29 $/ha). Quant au soya, l’effet de la lutte intégrée est positif sur le rendement du soya et la rentabilité-rendement supérieur de 227 kg/ha (2 724 kg/ha vs 2 497 kg/ha) et MCV supérieure de 20 % (675,64 vs 561,60 $/ha).

L’étude observe également que l’utilisation des pesticides a augmenté ces dernières années, ce qui est en contradiction avec les buts recherchés de la stratégie phytosanitaire québécoise de 2011-2021. Ce dernier visait plutôt une réduction de 25% pour réduire les risques sur l’environnement et la santé.

M.Belzile y voit un effet sur la faible tolérance au risque de certains producteurs qui ont peur de voir leurs revenus affectés en utilisant la lutte intégrée. Un meilleur soutien auprès des producteurs serait aussi bienvenu juge t-il. « Un conseiller pourrait poser un diagnostic adapté à chaque producteur ». Le principe même de lutte intégré est également mal compris dans le milieu.

Pour aider les producteurs ouverts à modifier leurs pratiques, le chercheur propose un support économique, que ce soit par un coup de main de la Financière agricole, ou encore une forme de redevance sur les ventes de pesticides qui serait réinvestie en services conseils. « À moyens termes, on pourrait songer à une taxe, comme ce qui se fait pour les pneus, pour aller chercher des revenus fiscaux ».

Le contexte est mûr pour trouver des solutions économiques avec l’aide d’autres organisations, selon le chercheur. Après avoir beaucoup parlé de fertilisations dans les dernières années, le discours est maintenant axé davantage sur l’utilisation des pesticides. Ce qu’il souhaite, c’est que les résultats de l’étude suscitent des discussions pour atteindre les objectifs de la stratégie phytosanitaire québécoise en agriculture.

Source: IRDA

 

 

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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