Trois producteurs, trois résolutions pour 2020

À quoi ressemble les résolutions des producteurs? Trois d'entre eux partagent leurs réflexions

À l’aube d’une nouvelle année, il est courant de prendre une résolution. À ce titre, faire plus d’activité physique, manger mieux et perdre du poids figurent sans doute en tête du palmarès des résolutions les plus populaires.

Quel genre de résolution prennent les producteurs agricoles? Trois producteurs de grandes cultures nous dévoilent la leur.

Martin Baril de Sainte-Cécile-de-Lévrard veut planifier différemment ses UTM

Y aller plus mollo avec les UTM

«Ma résolution, c’est de diminuer ma moyenne d’UTM pour mes hybrides de maïs», dévoile Martin Baril, de Sainte-Cécile-de-Lévrard, près de Bécancour.  Produisant du maïs, du soya et du seigle sur 360 hectares, le producteur  utilise beaucoup d’hybrides qui sont à la limite de sa zone et même un peu au-delà.  «Selon la Financière, je me trouve dans une zone de 2550 UTM, indique-t-il. Je sème jusqu’à du 2700-2725. Mon plus hâtif est autour de 2400-2450.»

Jusqu’à maintenant, il estime que cette stratégie l’a bien servi. «Même cette année, lance-t-il, je m’en tire avec du maïs de qualité 4 et mieux malgré la saison.» Mais le producteur croit pouvoir faire mieux.

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«Je fais beaucoup de comparaisons d’hybrides sur des parcelles, explique-t-il. Or, je remarque depuis quelques années que certains hybrides hâtifs peuvent donner presque autant de rendement que des tardifs et, comme ils sont plus secs à la récolte, ils me procurent une meilleure marge de profit au final. Cette année, par exemple, avec les hybrides de 2500 UTM, j’ai des moyennes de champ autour de 11 t/ha à 27% d’humidité. En comparaison, les hybrides de 2725 UTM ont donné en moyenne 11,5 à 12 tonnes pour une humidité de 31-32 %.»

«Par conséquent, conclut-il, je vais continuer à utiliser des hybrides aussi tardifs qu’avant, mais en moins grande quantité qu’avant.»

Accomplir plus avec la même équipe

C’est assurément une résolution ambitieuse que prend Benoit Hébert pour 2020. Le producteur de Varennes veut en effet faire des gains en améliorant l’organisation du travail. Il est associé avec son père et son frère sur la Ferme Alain Hébert, qui cultive du maïs, du soya et du blé sur plus de 2 000 hectares.

On comprend qu’avec une exploitation d’une telle taille, coordonner les travaux et superviser les employés prend une importance déterminante. En plus des trois propriétaires, la ferme emploie six personnes en période de pointe, à l’automne.

«Je voudrais qu’on arrive à en faire plus avec la même équipe, confie Benoit Hébert. Je suis convaincu qu’on pourrait améliorer notre productivité en s’organisant mieux et en faisant un suivi plus étroit du travail. Je crois aussi qu’il y aurait moins de fatigue et de bris.»

«On garde à l’esprit qu’il faut offrir à nos employés des horaires de travail et des conditions qui répondent à leurs aspirations, ajoute-t-il. Ici comme ailleurs, on a une problématique de personnel. La main-d’œuvre est rare.»

Danny Messier veut user de prudence

Demeurer sage

Danny Messier confie qu’il a trouvé 2019 difficile. Mais avec le recul, il en arrive à la conclusion que ses résultats auraient été pas mal plus mauvais s’il ne s’était pas montré aussi prudent. «On a été sages ce printemps et cet automne et cela nous a permis de passer au travers», dit-il. La résolution que prend le producteur de Saint-Pie-de-Bagot, en Montérégie, c’est donc de conserver cette même attitude, quelles que soient les conditions de culture qu’offrira Dame Nature en 2020.

«Ce printemps, raconte-t-il, on a attendu d’avoir une bonne fenêtre de semis. Et comme on était tard, on a veillé à adapter soigneusement nos cultivars à chaque champ. On a été beaucoup plus attentif à cela que par le passé.»

«Cet automne, poursuit-il, on a commencé à battre le maïs dès qu’on a fini le soya même si son humidité était autour de 31 %. À ce moment-là, à la dernière semaine d’octobre, on avait du grain de qualité et de la chaleur.»

«Par moments, continue le producteur, il a plu beaucoup et on a attendu que le sol s’assèche avant de recommencer à battre. Grâce à cela, on n’a abîmé aucun sol. C’est particulièrement important ici parce qu’on est en travail minimum. Une autre chose qu’on a essayé d’éviter, c’est de battre dans la neige. On savait par expérience que la neige risquait de causer des problèmes à l’entreposage et au séchage et qu’elle pouvait endommager les équipements.»

Ses rendements sont nettement inférieurs à ceux de l’an dernier, mais Danny Messier le prend avec un grain de sel. «Les deux dernières années ont été exceptionnelles, rappelle-t-il. Mais si je recule davantage, j’en arrive à la conclusion que les rendements de cette année sont juste inférieurs de 10 % à ceux de 2014, 2015 et 2016. Pour ce qui est de la qualité, elle n’est pas catastrophique: beaucoup de grade 3, un peu de 2 et de 4 et une très petite proportion de 5.»

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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