Un bilan des mauvaises herbes résistantes au Québec depuis 2011

Quelles sont les mauvaises herbes résistantes les plus répandues au Québec et où se trouvent-elles? Un bilan dressé par le Réseau d’avertissement phytosanitaire (RAP) jette un regard sur les neuf dernières années. Une occasion de voir l’évolution des cas et des tendances pour les prochaines années. Parmi les indésirables, la petite herbe à poux se taille une place de choix tandis que la présence de plus en plus visible de l’amarante tuberculée inquiète.

Depuis le début des tests de détection de la résistance réalisés par le service de détection, le Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection (LEDP) et le CÉROM ont reçu 464 échantillons soupçonnés de résistance et 607 tests ont été réalisés. Près de la moitié ont été classés comme résistants, soit 293 (48,3 %).

Les espèces pour lesquelles la résistance a été confirmée au Québec de 2011 à 2019 sont, par ordre d’importance :

  • la petite herbe à poux (46,7 %)
  • la morelle noire de l’Est (12,3 %)
  • la moutarde des oiseaux (10,3 %)
  • le canola spontané (6,1 %)
  • le chénopode blanc (5,5 %)
  • l’amarante à racine rouge (6,1 %)
  • l’amarante tuberculée (3,8 %) et la sétaire géante (3,8 %)
  • l’amarante de Powell (2,4 %)
  • la folle avoine (1,7 %)

En moindre pourcentage, l’abutilon (0,7 %), le séneçon vulgaire (0,3 %), la stellaire moyenne (0,3 %) et la vergerette du Canada (0,3 %) ont également démontré de la résistance.

Certains groupes d’herbicides pour lesquels des populations de mauvaises herbes ont développé de la résistance au fil du temps dominent. C’est le cas du groupe 2 (inhibiteurs de l’ALS, l’enzyme acétolactate synthase impliquée dans la synthèse des acides aminés) qui se situe en tête avec 65,9 %. Le groupe 9 (inhibiteurs de l’EPSP synthase, l’enzyme 5-énolpyruvylshikimate-3-phosphate synthase impliquée dans la synthèse des acides aminés) est en deuxième position avec 19,5 %.

La Montérégie regroupe la majorité des cas de résistance avec 50,5%, suivi du Centre-du-Québec (20,1 %), Lanaudière (13,7 %), Chaudière-Appalaches (5,5 %), les Laurentides (4,1 %), l’Estrie (2,1 %) et la Mauricie et le Saguenay–Lac-Saint-Jean en même proportion (1,7 %).

Dans les autres régions, le pourcentage se situe en dessous de 1%. Celui de la Capitale-Nationale est de 0,7 %, tandis qu’il est de 0,3% pour les régions du Bas-Saint-Laurent, l’Outaouais, Laval et l’Abitibi-Témiscamingue.

La mauvaise herbe à surveiller dans les prochaines années est assurément l’amarante tuberculée, indique le bilan 2019 du RAP. Les huit populations d’amarante tuberculée suivies et connues au Québec ont été testées afin de détecter la résistance aux herbicides. Toutes ont démontré de la résistance multiple (à plus d’un groupe d’herbicides). Dans la majorité des cas, plus d’un mécanisme de résistance était présent à l’intérieur de chaque plant testé individuellement, soit jusqu’à trois mécanismes de résistance à l’intérieur d’un même plant. Il s’agit également ici de la première mention d’une mauvaise herbe résistante aux herbicides du groupe 14 au Québec.

Le phénomène ne risque pas non plus de s’estomper, avertit le Réseau et la demande pour la détection est bien réelle selon eux en raison du “nombre de cas reçus et testés, mais aussi par le nombre grandissant d’espèces de mauvaises herbes pour lesquelles la résistance aux herbicides est soupçonnée”. Le RAP ajoute que le bilan est certainement incomplet et sous-estimé. Il est en effet difficile de connaître le nombre et la distribution réelle de mauvaises herbes résistantes au Québec puisque les tests de résistance réalisés dépendent de la collaboration des producteurs agricoles et de leurs conseillers.

L’agence en appelle donc des intervenants directement concernés pour une hausse des tests afin d’obtenir un portrait plus juste de la résistance des mauvaises herbes aux herbicides dans le futur au Québec. Avec ” le souci grandissant d’une gestion adéquate des pesticides, il est souhaité que l’augmentation du nombre de tests de détection effectués annuellement permette d’obtenir un portrait plus juste de la résistance des mauvaises herbes aux herbicides dans le futur. De plus, il ne faut pas oublier que dès qu’un soupçon de la résistance se présente, il est des plus avantageux pour le producteur, avec l’aide de son conseiller, d’entreprendre les démarches pour réaliser les tests de détection. Ainsi, par l’identification de la problématique, il est plus facile de prévoir des programmes de désherbage efficaces et ainsi éviter d’avoir à retraiter”, indique-t-on.

Les moyens ont également évolué avec les années par le biais des tests moléculaires qui donnent un diagnostic plus rapide. Des traitements sont possibles après détection par les plantules ou encore à l’automne, en préparation de l’année subséquente, afin de choisir la meilleure culture ou technologie OGM à implanter.

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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