Un marché du soya plombé par l’incertitude

Fait inusité pour le soya, le principal élément perturbateur du marché ne vient pas de la météo mais de la politique

Le marché du soya vit tout un revirement de situation depuis mai 2018, soit  que les États-Unis ont décidé d’imposer pour 200G $US de tarifs sur les biens importés provenant de la Chine. Cette dernière a répliqué en imposant à son tour des tarifs aux importations américaines, dont le soya.

Conséquence, la Chine a cessé d’acheter aux États-Unis, ce qui a eu pour résultat de faire gonfler les stocks américains qui ont atteint un niveau inégalé pour la saison 2018-2019. Le prix du soya à Chicago a également plongé dans les mois qui ont suivi à son niveau le plus bas en dix ans.

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Les prix ont pris du mieux depuis que les deux pays ont repris les négociations à la fin de 2018 mais rien ne semble bouger depuis, ce que confirme le directeur général de Ceresco, Manuel Gendron. « L’élément politique apporte de l’incertitude, les marchés sont de plus en plus difficiles à prévoir. Le CBOT (Chicago Board of Trade) est bas en ce moment, un marché qu’on appelle flat, sans variations majeures, et ne semble pas vouloir remonter à court et moyen terme. On ne sait pas ce qui va arriver. Les agriculteurs ferment peu leurs positions et je les comprends. C’est très difficile de prévoir le marché à ce moment-ci. L’offre, la demande et la température ne sont plus les seuls facteurs à analyser. Dorénavant, il faut même analyser les tweets de nos politiciens! ».

M.Gendron remarque que si le marché a nourri longtemps l’espoir de voir une entente, la confiance s’estompe à mesure que le temps passe. L’administration américaine avait fixée l’échéance du 1er mars, pour en venir a une entente mais les discussions piétinent. « Certains analystes politiques et économistes ne voit pas la résolution du conflit à court et moyen terme ».

Les impacts de cette crise géopolitique qui affecte le soya sont notables au Québec, remarque le gestionnaire. Les premières estimations de différents organismes établissent une baisse de 2% des ensemencements de soya dans la province, indique M.Gendron. Pour la récolte 2018, de bons volumes se transigent, mais avec un CBOT bas. La faiblesse de notre dollar aide présentement les producteurs. Les bases au Québec sont très intéressantes et compensent une partie de la faiblesse du CBOT. Pour les prévisions d’ensemencement de soya pour récolte 2019, les volumes semblent stables par rapport à 2018. Un printemps tardif et des difficultés avec le blé d’automne pourrait créer une augmentation des surfaces de soya. Nous sommes donc prêts à signer plus de surfaces durant la période des semis ». L’élément important et qu’on ne voit pas dans les chiffres véhiculés dit-il, c’est la hausse des intentions de semis de soya IP. « Les soyas OGM et non OGM conventionnels reposent totalement sur des prix volatiles. Pour un producteur IP, le fait d’obtenir une prime supplémentaire fixe permet de contrer la faiblesse actuelle du CBOT et aussi de gérer davantage les risques de fluctuations.»

Autres facteurs sur le marché international

Sur la place du Brésil dans le marché mondial, le directeur de Ceresco est d’accord pour dire que le pays pourrait devenir gagnant à long terme et profiter d’une cassure d’une relation commerciale entre la Chine et les États-Unis. Le Brésil est un important producteur du soya OGM et le défi demeure à chaque saison pour sortir les récoltes des champs.

Le Bulletin a demandé si le gestionnaire pouvait donner un conseil aux producteurs. Sans faire de recommandations précises, Manuel Gendron avance ceci. «Les producteurs doivent continuer à s’informer, à suivre les marchés, autant les contrats à termes que les devises. Peux-être étaler les fermetures de contrats à terme sur différents mois et tout faire pour maximiser les revenus des cultures. La production de soya IP est donc une avenue très intéressante pour la prochaine récolte ».

 

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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