Un pari gagné

La levée du soya semé dès la fin d’avril semble très bonne

À quand remonte la dernière fois où l’on a semé du soya avec succès en avril? Pour sa part, l’agronome Maxime Gratton ne se souvient pas d’avoir vu de telles conditions à une date si hâtive. «Ça doit faire pas mal longtemps», commente-t-il.

Cette année, bon nombre de producteurs ont pris le risque de semer en avril. La plupart sont situés en Montérégie et plus spécifiquement à l’ouest de Saint-Hyacinthe. «Ces dernières années, dans le soya, il n’y a pas eu beaucoup d’écart entre les régions en ce qui a trait aux dates de semis, souligne le directeur de territoire de Prograin. Cette année, la Montérégie a bénéficié de conditions printanières particulièrement favorables. La neige a fondu tôt et les sols se sont réchauffés vite.»

Durant les derniers jours d’avril, quand une fenêtre de semis s’est ouverte, il était très tentant d’en profiter. «Il y a un producteur que j’ai commencé à suivre le 24 avril, raconte-t-il. À deux pouces de profondeur, le sol était à dix degrés même si la température était descendue à moins trois la nuit précédente. Les journées suivantes s’annonçaient assez chaudes. Le producteur s’est fié à son flair et il a décidé de semer.» D’ajouter l’agronome : «J’avoue que je n’étais pas convaincu que c’était une bonne idée. On était tellement tôt!»

«Dès la première semaine de mai, certains producteurs de la Montérégie avaient tout fini de semer, s’étonne-t-il. Alors qu’à l’est de Saint-Hyacinthe et dans des régions comme Lanaudière, il ne s’est pratiquement rien semé avant cette date.»

Une fois le grain en terre, la partie n’était pas pour autant gagnée. Car du 8 au 12 mai, alors que le grain de soya absorbait son eau et développait radicelles et hypocotyle, les températures nocturnes sont retombées sous le point de congélation… et ont fait grimper le niveau d’inquiétude. On sait que plus la période entre la germination et l’émergence s’étire, plus les risques sont élevés qu’insectes et pathogènes s’attaquent au germe.

«Le grain a profité en dépit du froid, rapporte Maxime Gratton. Le sol est demeuré assez chaud. Du 8 au 15 mai, j’ai observé que le développement  de la racine et de l’hypocotyle a fait gagner de 1,5 à 2,0 pouces aux plantules, qui ont atteint une longueur totale de 4,0 pouces. Les jours qui ont suivi, le retour de la chaleur a permis l’émergence.»

Ce soya vient de commencer à pointer. La germination aura pris une vingtaine de jours alors qu’elle demande généralement seulement sept à dix jours. Mais cette lenteur ne semble pas avoir causé de tort sérieux. «Je suis très content de ce que j’ai vu jusqu’à maintenant, déclare Maxime Gratton. La levée est bonne. J’ai même observé une levée presqu’impeccable dans un sol sablonneux semé à 1,5 pouce un 25 avril!»

«On sera mieux en mesure de porter un diagnostic dans les jours qui viennent, poursuit-il. À quelques endroits, en particulier dans des zones de compaction, j’ai cru voir des racines endommagées. Les variétés particulièrement sensibles au phytophthora pourraient souffrir de la lenteur de la germination.»

Cette photo ainsi que celle ci-dessus ont été prises dans un champ au sol argileux semé le 28 avril. Elles décrivent bien le défi que constituait à ce moment-là le positionnement de la semence là où il y avait abondance de résidus en surface.

Une autre préoccupation de ce spécialiste du soya, c’est le positionnement de la semence. «Quand on sème tôt, les résidus de maïs sont encore humides et flexibles plutôt que secs et cassants, explique-t-il. Cela peut donc être difficile de positionner le grain à la bonne profondeur, en particulier si on n’a pas de tasse-résidus. Pour compenser, on met plus de tension sur l’unité de semis, ce qui fait que dès que la densité du sol change, le grain peut se retrouver à 2 pouces au lieu 1,5 pouce. Dans le passé, les semis de 2 pouces et plus ont souvent été problématiques.»

Il reste que ceux qui ont semé tôt peuvent maintenant espérer voir les plants développer un ou deux nœuds de plus que le soya qui se sème présentement. Les plants compteront plus de gousses, ce qui laisse entrevoir un meilleur potentiel de rendement pour une même variété.

La partie n’est pas terminée, mais les producteurs qui ont osé semer en avril ont remporté la première manche!

à propos de l'auteur

Journaliste

André Piette

André Piette est un journaliste indépendant spécialisé en agriculture et en agroalimentaire.

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