Vers une récolte moyenne pour le soya

En date du 19 octobre, la récolte de soya allait bon train au Québec. Si les cultivars les plus hâtifs ont pu être récoltés dès la fin septembre, le gros du travail a lieu en ce moment un peu partout à travers la province.

Premier constat, les conditions souvent difficiles que ce soit au niveau du travail dans les champs ou encore en ce qui a trait à la météo, ont pesé sur les cultures. En conséquence, la récolte s’annonce moyenne avec des rendements avoisinant les 1 tonne à 1,2 tonnes à l’acre dans le coin de Québec, alors qu’ils tournent aux environs de 1,2 à 1,4 tonnes en Montérégie.

Au centre du Québec, Vincent Chifflot, agronome pour Deklab, estime qu’environ de 60 à 70% de la récolte est complétée. Les plus petits producteurs ont complété alors que ceux ayant de plus grandes superficies progressent encore « Le taux d’humidité était de 10, 11, 12 degrés au début octobre. On est revenu à des 14,15,16 degrés en ce moment à la suite de la pluie qui est tombée ».

Le temps beau et sec après les pluies abondantes de dimanche dernier ont ralenti les travaux, constate aussi Miguel Provost, représentant pour Prograin mais la deuxième vague a pris son essor, au point où il estime que la récolte sera terminée en Montérégie d’ici la fin du week-end, grâce au soleil et au vent. « Le grade qui rentre à nos installations est excellent. Un chargement d’un producteur vient d’entrer avec un taux d’humidité de 14% : pour nous, en bas de ça à 13, 13,5%, c’est idéal. Il y a moins de perte et le grain brise moins vite. »

Les deux experts sont unanimes sur un point, soit la variabilité des cultures. Les rendements changent d’un champ à l’autre et parfois même dans le champ lui-même. Plusieurs producteurs sont aussi déçus des résultats, surtout que l’apparence des champs promettait de meilleurs rendements. « On devrait avoir de 10 à 20% moins de rendement cette année que l’an dernier, peut-être même 30% », anticipe M.Chifflot. « Les champs ont souffert de l’excès d’eau au printemps, ce qui a mené à des semis fin mai, début juin. Il y a eu par la suite beaucoup de pluie. Certains plants sont chétifs avec des grains plus petits (…) Des gousses ne contiennent que de une à deux grains, ce qui est décevant ».

M.Provost observe aussi du désappointement de la part des producteurs mais rappelle que les années 2015 et 2016 ont été exceptionnelles. « On revient à une année normale », dit-il, tout en ajoutant que certains s’attendaient à pire. La saison en dents de scie avec ses coups d’eau en mai et juin et le temps sec en août étaient de mauvais augure. Le beau temps en septembre a sauvé la mise dans certains cas. Le représentant constate par contre que les grains sont en effet plus petits et contiennent moins de protéine, ce qui est problématique dans le cas de Prograin puisque la taille et la protéine comptent pour les marchés d’exploitation vers lesquels ces fèves sont destinées.

Lysanne Emond de DuPont Pioneer a vécu le scénario inverse : les producteurs s’attendaient tellement à une année médiocre que la plupart sont agréablement surpris. « Les cultivars résistants à la moisissure ont le mieux fait. On enregistre des pointes à 1,7 tonnes et 1,8  tonnes à l’acre », raconte l’agronome qui a recueilli des échos à la fois dans Lanaudière et en Montérégie. La moyenne des rendements devrait se situer à 1,3 tonnes à l’acre, avec des grains de grosseur moyenne à petite. La maladie a selon elle affecté le plus le rendement cette année, bien que d’autres facteurs aient aussi eu un rôle à jouer, mais de manière ponctuelle ou très localisé. « On a eu un peu de tout (maladies et autres) mais rien de majeur. On s’en est bien tiré malgré tout ».

À mettre également au banc des accusés de la baisse de rendement, la moisissure blanche a été observée plus souvent cette année, tout en apparaissant plus tard, soit à la fin août au lieu de la fin juillet, comme c’est le cas habituellement. « J’ai l’impression que le fait que le désherbage ait été difficile cette année a aussi affecté le rendement » ajoute M.Chifflot. La pluie a empêché les producteurs d’entrer dans les champs, ce qui fait que les mauvaises herbes ont eu le temps de prendre plus de place. « Le contrôle n’a pas été optimale. »

En ce qui a trait au maïs, la récolte n’a pas vraiment débuté. Un gel mortel a été observé en région sans être généralisé. Des grains ont déjà atteint le point noir dans certains cas mais les cultures sont en général en retard de une à deux semaines, observe Vincent Chifflot. Le beau temps de la fin de l’été a été ici providentiel. « Au 8 septembre, on s’attendait dans les meilleurs des cas à ce que les épis atteignent la maturité vers le 15 octobre, ce qu’on a eu finalement. Sans cet épisode de chaleur, la situation aurait pu être beaucoup plus difficile ».

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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