2020 n’aura finalement pas été une bonne année pour le porc

Le prix du porc se maintiendra à un bas niveau pour encore quelques mois

Alors qu’en janvier dernier, on s’attendait à une bonne année pour le marché du porc, il faudra plutôt attendre 2021 pour voir une amélioration des prix. C’est que les États-Unis ont actuellement 10% plus de viande à écouler que l’an dernier. Tout cela est une conséquence de la pandémie de COVID-19.

Le nombre de porcs abattus aux États-Unis la semaine dernière a été de 8% plus élevés qu’à pareille période l’an dernier, soit 180 000 porcs de plus (Écho-Porc, 10 août 2020). « C’est quasiment 200 000 porcs de plus que sans la COVID, soit 7 à 8% plus de porcs, et ça se maintient depuis plusieurs semaines », explique Gabriel Joubert-Séguin, stratège de marchés pour RJO’Brien.

Les fermetures d’usines d’abattage et de découpe de porcs en raison des éclosions de COVID-19 ce printemps ont eu pour effet de retenir les porcs sur les fermes. Le pire de la crise est survenu à la mi-juin. Depuis, les abattages ont repris.

« Depuis la mi-juin, de 150 à 200 000 porcs de plus sont abattus par semaine, explique Gabriel Joubert-Séguin. Ce sont les porcs en attente. On nage dans la surabondance. Il y a plus de 1,1 à 1,2 million de porcs en attente. On estime que ça va prendre de 6 à 7 semaines avant d’écouler tous les porcs en attente, ce qui maintient les prix bas. »

En plus de s’accumuler, les porcs sont aussi plus gros parce qu’ils restent plus longtemps sur les fermes. Il y a non seulement 8% de plus de porcs qu’à pareille date l’an dernier, mais les porcs fournissent aussi 2% plus de viande chacun. Donc, au total, les États-Unis produisent 10% plus de viande de porc qu’à pareille date l’an dernier. « C’est énorme ! », dit Gabriel Joubert-Séguin.

Depuis 5 semaines, le prix des porcs américains a tendance à remonter, mais faiblement. Selon l’Écho-Porc du 10 août 2020, « le prix des porcs américains demeure la plus faible de la dernière décennie lors d’une semaine 12 ». Il est respectivement de 31 et 32$ de moins que le prix de 2019 et de la moyenne 2014-2018, soit 37% de moins.

Bas prix des porcelets

Et puisque les engraissements sont pleins, ce sont les maternités qui écopent. Les porcelets prêts à l’engraissement ne trouvent pas preneurs et se vendent à des prix dérisoires. « Le goulot d’étranglement, c’est les maternités », explique Gabriel Joubert-Séguin. Le prix a atteint un creux de 10$ du porcelet de 40 livres. « C’est le plus bas prix depuis que le USDA compile ces données, depuis l’an 2000 », ajoute le stratège.

Le prix a légèrement monté à 16$, mais c’est encore très bas. Le prix moyen annuel est autour de 50$ du porcelet. Le prix varie selon la saison, de 20 à 80 $US. Le creux étant à la fin août, début septembre.

Une des conséquences de ce bas prix, c’est qu’il y a beaucoup d’abattage de truies. « Le marché des truies de réforme est saturé », ajoute Gabriel Joubert-Séguin.

Sortie de crise

D’ici deux mois, le nombre de porcs abattus devrait revenir à la normale, mais les prix devraient rester bas. « Il y aura 2% moins de truies à la fin de 2020 par rapport à la fin de 2019, mais la production va se maintenir parce que les truies sont plus performantes », explique Gabriel Joubert-Séguin.

Donc, la production de porc devrait quand même être élevée en 2021, mais puisque l’industrie se sera habituée à écouler 10% de plus de viande en 2020, il y aura un effet. « On peut s’attendre à un meilleur prix, mais pas énorme », précise Gabriel Joubert-Séguin.

La faible valeur du dollar américain devrait favoriser l’écoulement du porc américain sur les marchés internationaux. La demande chinoise, notamment, reste bonne. Le marché de la viande en général est bon à l’international. Par contre, le marché américain est saturé, d’autant plus que le faible prix de la viande de porc a déjà fait augmenter la consommation domestique de porc qui est déjà élevée.

De janvier à juin 2020, les exportations de viande et de produits de porc des États-Unis se sont établis à un niveau record de 1,55 million de tonnes, un bon de 24% par rapport à l’an 2019, peut-on lire dans l’Écho-Porc du 10 août. Avec l’augmentation de production actuelle, le record sera sûrement battu.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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