Il est important de reconnaître le stress thermique des vaches laitières

Ce n'est pas seulement en lien avec les changements climatiques, selon la chercheuse Véronique Ouellet

Très peu de chercheurs se sont penchés sur la problématique du stress thermique des vaches laitières. La candidate au doctorat à l’Université Laval, Véronique Ouellet, en a fait son projet d’études. Elle a aussi fait une présentation au Rendez-vous laitier. Nous l’avons interviewée.

«Ce que je me suis rendue compte en lisant et en fouillant, c’est que ce n’est pas seulement une problématique liée aux changements climatiques, dit-elle. C’était plutôt une problématique actuelle au Québec qui avait un peu été mise de côté. Au départ, on voulait le représenter comme une problématique future. Mais plus on creusait, plus je me questionnais, plus je me disais non, non, non. Le stress thermique est actuellement présent dans les troupeaux québécois.»

Cela est devenu une évidence lorsqu’elle a consulté les résultats de performances laitières mensuelles compilées par Valacta. Elle a constaté que la production laitière diminue déjà l’été.

Les vaches souffrent donc déjà de stress thermique en été. Toutefois, les prédictions météorologiques futures indiquent que la température estivale aura tendance à augmenter. Selon Ouranos, la température exceptionnellement chaude de l’été 2018 deviendra la norme dans un futur proche.

Il ne faut donc pas seulement se préparer pour l’avenir, mais les producteurs laitiers ont avantage à reconnaître que leurs vaches souffrent déjà de stress thermique et agir pour en diminuer l’impact.

«On est allés voir les conditions de trois étables dans la Montérégie et de trois étables dans le Bas-Saint-Laurent, et on a constaté que bien que ce sont des étables bien ventilées, les conditions font que les vaches ressentent un stress thermique », explique-t-elle à propos de son projet de doctorat.

Définir le stress thermique?

C’est bien beau parler de stress thermique, mais il faut définir ce que cela représente pour une vache. «Ce que j’aime bien dire, c’est qu’au final, le stress thermique, c’est une condition physiologique qui va survenir lorsque la température corporelle de l’animal va dépasser sa gamme de valeur qui lui permet de bien fonctionner», dit la jeune scientifique.

Une vache maintient normalement sa température à 38,9°C, plus ou moins 0,4 degré. Si la température est plus élevée, l’animal est soit malade, soit en stress thermique.

Comme nous, les vaches sont des homéothermes. Cela signifie qu’une vache a la capacité de maintenir sa température corporelle optimale.

Plusieurs facteurs, comme la température ambiante, l’humidité, la ventilation, la radiation solaire ou le stade physiologique, vont influencer la capacité de la vache à maintenir sa température interne. Par exemple, une vache en lactation génère plus de chaleur qu’une vache tarie.

Plusieurs processus dans la vache vont générer de la chaleur. C’est le cas de la croissance, la lactation, la gestation, l’alimentation et le renouvellement cellulaire.

S’il fait froid, la vache va essayer d’accélérer cette production de chaleur. À l’inverse, s’il fait chaud, la vache va chercher à se débarrasser de cet excédent de chaleur. Deux facteurs vont influencer la capacité de l’animal à se débarrasser de cet excédent : la température et la vapeur d’eau.

« Quand la température va augmenter et en même temps, l’humidité va augmenter, c’est là que l’animal ne sera plus capable de dissiper assez de chaleur dans l’environnement, explique Véronique Ouellet. C’est là qu’elle va accumuler de la chaleur et c’est à ce moment finalement qu’on observera une augmentation de la température corporelle et donc, un stress thermique.»

Il faut s’en occuper

Dans une situation très sévère, l’animal peut même en mourir. Mais normalement, un stress thermique a des conséquences sur les performances de l’animal. Ce n’est pas uniquement lié à une diminution de la consommation d’aliments.

Des stratégies métaboliques internes permettent à la vache de réduire sa production de chaleur et puisque la production de lait génère de la chaleur, la vache diminue sa production laitière. Puisque la vache mange moins et qu’elle utilise une partie de son énergie pour évacuer l’excès de chaleur, on lui donne une ration plus énergétique. Mais ce n’est pas tout.

«Moi, je dis que le plus important dans nos troupeaux c’est d’éviter le stress thermique», explique Véronique Ouellet. La meilleure façon de faire est d’améliorer la ventilation dans l’étable.

Les ventilateurs de recirculation deviennent alors indispensables pour permettre à chacune des vaches d’être rafraîchie par le vent. En stabulation entravée ou libre, le principe est le même. En ventilation tunnel, les vaches les plus près des ventilateurs reçoivent plus de vent. C’est pourquoi les ventilateurs de recirculation sont si importants.

Véronique Ouellet met en garde contre l’utilisation de la brumisation. Au Québec, nous avons un climat continental humide. L’air des étables est déjà chargé d’eau. En ajoutant de l’humidité dans l’air, on peut augmenter la sensation de chaleur pour la vache. « Ce qu’on voit dans la littérature, c’est que ces systèmes sont très efficaces, mais dans les climats secs », dit Véronique Ouellet.

La ventilation reste donc le cœur de la stratégie à laquelle il ne faut pas oublier la consommation d’eau. Et surtout, prévoir les pointes de consommation d’eau lors des journées chaudes après la traite.

Pour stimuler l’appétit, la chercheuse recommande de repousser fréquemment l’aliment, s’assurer que la ration soit toujours fraîche, ne pas préparer l’aliment trop longtemps d’avance et miser sur des aliments un peu moins riches en fibres. « Parce que la digestion de la fibre va vraiment faire une augmentation de la chaleur métabolique», dit- elle. Mais elle hésite à recommander une densité énergétique plus élevée parce que les résultats dans la littérature sont mitigés.

Toute cette stratégie est d’autant plus importante, car même une vache tarie qui a subi un stress thermique donnera moins de lait par la suite. Le stress thermique est un phénomène qui touche tous les animaux et qui aura un impact sur la production actuelle et future, donc la profitabilité de l’entreprise laitière.

Dans cette étable, des ventilateurs de recirculation ont dû être installés pour rafraîchir les vaches en été.
photo: Marie-Josée Parent

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires