Les élevages souffrent du prix des grains élevés

Éventuellement, c’est le consommateur qui en payera le prix

Le prix des grains fait la manchette depuis des semaines. Il atteint des niveaux records. Pour les acheteurs de ces grains, les éleveurs, ces augmentations font mal. Elles se répercutent en augmentations importantes du prix de la moulée. Pour les porcs et la volaille, ces augmentations sont majeures. Pour les vaches qui mangent principalement des fourrages, c’est moins pire.

Porcs

L’agronome Bruno Bélanger, copropriétaire des Consultants Denis Champagne, explique que l’augmentation du prix de la moulée est principalement attribuable à l’augmentation du coût du maïs. Ainsi, entre janvier et aujourd’hui, le prix du maïs livré dans une ferme en Beauce est passé de 300$ à 400$ la tonne. Pour une moulée pour porcs, cela représente une augmentation de 60$ la tonne.

Quel est l’impact sur la rentabilité des fermes? L’agroéconomiste Anthony Lévesque des Consultants Denis Champagne explique que jusqu’au rapport sur les intentions d’ensemencement aux États-Unis il y a un mois, les producteurs de porcs frôlaient la rentabilité. Toutefois, bien que les producteurs américains de grandes cultures ont décidé de semer des superficies importantes, c’est moins qu’anticipé, de telle sorte que les prix des grains ont explosé depuis. Ainsi donc, les producteurs de porcs fonctionnent à perte.

Il est à noter que le prix du porc, fixé à Chicago, est exceptionnellement élevé cette année en raison de la forte demande de la Chine aux prises avec la peste porcine africaine. Il faut donc que le prix des grains soit exceptionnellement élevé pour que les producteurs de porcs fonctionnent à perte.

Le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval, constate aussi la situation. « La hausse du prix du grain a un impact sur nos éleveurs, dit-il dans un courriel. Dans une année on peut assister à plusieurs variations mais l’enjeu principal est que le prix du grain augmente plus rapidement que le prix du porc, ce qui fait rétrécir la marge de profits des producteurs. En un mois, soit du 29 mars au 26 avril, on est passé d’une perspective de rentabilité de 11.92 $/100 kg (241.92-230) à une perspective de perte de 5.22 $/100 kg (241.78 – 247). » 

Volaille

Dans les élevages de volaille, l’augmentation du prix des grains a aussi un impact important. Depuis le 1er janvier dernier à aujourd’hui, le prix de la moulée pour poulets a augmenté de 38$ la tonne, explique dans un courriel l’agronome Stéphane Grondines, responsable du suivi des élevages avicoles chez les Consultants Denis Champagne. Cela s’ajoute à l’augmentation de 75$ la tonne d’aliments l’année précédente. « On parle donc d’une augmentation de 113 $ / tonne pour les aliments de volaille à chair », explique l’agronome.

Contrairement au porc qui est payé en fonction du prix à la bourse de Chicago, en vertu de la gestion de l'offre, le prix du poulet est établi selon un calcul qui tient compte du coût de production, donc du coût de la moulée.

« Cet ajustement du prix du poulet payé à l’éleveur est visible de 8 à 12 semaines après la réception de la facture de moulée payée par le producteur », explique Stéphane Barnabé, conseiller aux communications aux Éleveurs de volaille du Québec.

L’augmentation du prix de la moulée se reflètera donc dans le prix payé par le consommateur.

« Selon nos calculs, on parle d’une hausse pour l’automne de moins de 0,15 $/kg vivant. Sur un poulet de 2 kg vendu en épicerie, l’effet est d’environ 0,20 $/kg éviscéré. On peut acheter des poulets entiers à 4,37$/kg chez Maxi cette semaine. Si on ajoute 20 cents, c’est une augmentation de 4,5% sur du poulet en spécial. En % cela peut paraitre beaucoup mais le prix du poulet demeure compétitif », ajoute Stéphane Barnabé.

Lait

La ration des vaches laitières est principalement composée de fourrage. L’augmentation du prix des grains et donc de la moulée a par conséquent une incidence moins marquée. Elle n’est cependant pas négligeable.

Dans un courriel, le directeur des communications, affaires publiques et vie syndicale aux Producteurs de lait du Québec, François Dumontier, explique que les producteurs de lait sont confrontés à une hausse importante du coût des intrants, notamment le blé, le maïs, le soya et le pétrole.

« Le prix du lait aux producteurs pour les classes ordinaires est indexé annuellement sur la base d’une formule qui tient compte des coûts de production (50 %) et de l’indice des prix à la consommation (50 %), explique-t-il. Des éléments d’exception peuvent aussi être soulevés pour ajuster l’indexation. Les coûts de production du lait sont calculés sur la base d’une enquête indépendante, sous l’égide la Commission canadienne du lait. L’indexation se calcule habituellement en novembre pour un ajustement des prix le 1er février de l’année suivante. L’évolution actuelle du prix des intrants sera prise en considération dans l’enquête sur les coûts de production qui sera utilisée pour la formule d’indexation déterminée en novembre prochain. »

Si nous avions mené l’enquête dans les autres productions animales, il est probable que l’impact est comparable. Si d'un côté les producteurs ont la gestion de l'offre pour ajuster le prix en tenant compte du coût de production, les producteurs de porcs ont accès à l'assurance stabilisation des revenus agricoles (ASRA). Parions que la Financière agricole est déjà en train d'évaluer la situation.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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