Les vaches et les taureaux Holstein évalués selon leur efficience alimentaire

Entrevue avec Brian Van Doormaal

L'alimentation est la principale dépense pour un troupeau laitier.

Lactanet vient d'introduire des évaluations génétiques de l’efficience alimentaire dans la race Holstein. L’alimentation représente plus de la moitié des coûts de production à la ferme. Or, certains animaux sont plus efficaces pour convertir les aliments en lait. La nouvelle évaluation de l’efficience alimentaire permet de sélectionner les animaux les plus efficaces sans que les niveaux de production ou la taille corporelle ne soit affectée. Elle vise aussi à minimiser le stress pendant la période de transition.

Pour chaque hausse de cinq points dans l’évaluation de l’efficience alimentaire d’un taureau, l’ingestion totale de matière sèche de ses filles après le pic de lactation devrait diminuer de 60 kilogrammes sans affecter les niveaux de production ou le poids corporel, et ce à chaque lactation. Pour l’instant, le nouveau service est disponible uniquement pour les taureaux génotypés en insémination artificielle et pour les femelles dans des troupeaux inscrits aux services de contrôle laitier de Lactanet. D’ici la fin de l’année, tous les propriétaires de troupeaux canadiens y auront accès.

Le lancement des évaluations de l’efficience alimentaire a été rendu possible grâce à un projet de recherche international mené entre 2015 et 2020 intitulé Efficient Dairy Genome Project. Le principal partenaire financier de l’industrie est Lactanet et l’équipe de recherche provient de l’Université de Guelph et l’Université de l’Alberta. Cette initiative de 10,3 millions de dollars a aussi reçu une aide financière de Génome Canada, de Genome Alberta, d’Ontario Genomics, des ministères de l’Agriculture de l’Alberta et de l’Ontario et du ministère des Collèges et des Universités de l’Ontario.

Nous avons demandé au chef des services de Lactanet Canada, Brian Van Doormaal, de nous expliquer ce nouveau service.

Comment se calcule l’efficience alimentaire?

C’est un caractère qui n’est pas facile à évaluer. C’est très complexe et c’est très coûteux en tant que caractère parce qu’il faut savoir la consommation quotidienne d’aliments pour chacune des vaches. Il faut aussi savoir le poids de chaque vache et la variation de poids.

Comment êtes-vous allés chercher ces informations?

Il faut utiliser des troupeaux où ces données-là existent. Nous avons au Canada trois troupeaux dans lesquels on mesure la quantité de matière sèche pour chaque vache à tous les jours. Aux États-Unis, il y en a huit. En Europe, dans trois pays, il y en a trois autres. Donc, on se sert actuellement des données de 14 troupeaux dans cinq pays différents pour « alimenter » notre système d’évaluation génétique pour l’efficience alimentaire. Dans ces troupeaux, on mesure quotidiennement la consommation de matière sèche des aliments, le poids de chaque vache et la production laitière. On prend aussi l’ADN de chaque vache. C’est une collaboration internationale parce qu’il y a très peu de troupeaux dans lesquels ces données-là existent. Sauf un troupeau laitier commercial de l’Alberta, ce sont tous des troupeaux de centres de recherche. On a cumulé ces données-là pendant cinq ans pour avoir environ 5000 vaches dans ces 14 troupeaux.

Comment avez-vous utilisé ces données pour obtenir les évaluations génétiques de l’efficience alimentaire?

Nous, avec les chercheurs, notre rôle était de prendre ces échantillons de l’ADN avec les données de consommation, de production laitière et le poids de l’animal pour bâtir un système national d’évaluation génétique et génomique pour l’efficience alimentaire. Et c’est pour ça que maintenant nous avons ce système-là. En nous basant sur les données dans ces troupeaux-là, nous pourrons prendre l’ADN d’un animal dans n’importe quel troupeau au Canada et calculer son potentiel génétique pour l’efficience alimentaire.

Quelle est la suite?

Il y a un deuxième projet de recherche de quatre ans dans lequel nous allons continuer de collecter ces données-là dans ces troupeaux. Ça nous permet de nourrir notre système d’évaluation génétique pour les quatre prochaines années avec ces données-là. Éventuellement, il faudra trouver une autre manière de faire la collecte de ces données-là.

Qu’est-ce que ça va apporter aux producteurs d’avoir ces informations?

Pour le producteur laitier, le coût le plus élevé, c’est le coût d’alimentation. Ça représente entre 50 et 60% des coûts d’opération. Si une vache peut manger moins pour produire le même volume de lait, ça va réduire les coûts opérationnels de l’entreprise sans affecter négativement la production laitière.

En quoi ça peut aider en période de transition des vaches?

Une période de transition, c’est le moment où la vache ne produit plus de lait, elle a son veau et elle commence une autre lactation. Ce moment de transition est difficile pour la vache. Souvent, elle peut être en déficit énergétique, c’est-à-dire qu’elle ne consomme pas assez d’aliments pour le niveau de production qu’elle produit dans sa journée. Elle perd du poids et elle manque d’énergie. Elle est aussi à risque pour les maladies métaboliques. Aussi, parfois, la fertilité est affectée. Avec l’efficience alimentaire, une vache qui est capable de mieux convertir ses aliments va souffrir moins de problématiques associées à la période de transition.

Qu’est-ce que ça changera dans la boîte à outils des producteurs laitiers?

C’est un caractère parmi une centaine de caractères. Ça dépend de l’importance de ce caractère-là dans la mentalité des producteurs laitiers. C’est tout nouveau aussi. C’est certain que ça va prendre du temps pour que les producteurs laitiers soient à l’aise et aient un niveau de confiance avant de prendre les décisions là-dessus. Mais au moins, ça va leur donner de l’information qu’ils n’avaient pas auparavant. Pour les taureaux, ça va leur permettre de choisir leur taureau en fonction de l’efficience alimentaire. Maintenant, on a un autre caractère pour aider à choisir quelles sont les semences de taureaux que j’aimerais utiliser dans mon troupeau.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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