Steve Kenyon: «Nous avons besoin de construire le sol!»

Le producteur bovin albertain défait nos idées préconçues sur les pâturages

«Mon travail est de construire le sol», dit Steve Kenyon en guise d’introduction à sa conférence présentée au Congrès du bœuf le 11 octobre dernier à Victoriaville : En parlant du sol… «Tout vient du sol. Nous avons besoin de construire le sol.»

Ce producteur bovin de l’Alberta a donné à son entreprise un nom qui représente bien sa philosophie : Greener Pastures Ranching. Selon lui, les producteurs bovins ont avantage à favoriser au maximum ce que la nature offre gratuitement. Il en résultera des pâturages plus verts et une production plus profitable.

Ce producteur bouleverse notre vision de la relation soleil, plantes, animaux, sol. «Nous pensons que les plantes viennent du sol, mais nous bâtissons le sol à partir des plantes», dit-il. En créant un sol en santé, nous avons comme résultante des pâturages plus verts produisant plus d’herbe.

Selon lui, il faut donc cultiver le sol et pour cela, il faut nourrir les microorganismes. Ce sont eux qui, à leur tour, favoriseront la croissance des plantes. «85 à 90 des aliments de la plante passent par les microorganisme», dit Steve Kenyon. La majorité des sols est d’origine biologique. Ce n’est pas un problème de fertilité.»

Steve Kenyon considère les organismes vivants du sol comme ses employés. Les vers, les bousiers, les microbes, les protozoaires, les nématodes, les levures, les champignons et algues travaillent tous pour lui. «Une tasse de sol en santé, c’est 6 milliards de microorganismes», dit-il.

Les vers de terre recyclent les bouses et le matériel végétal. Ils ouvrent la voie pour les racines, l’eau, l’air. Les bactéries du sol sont de divers types. Elles décomposent, s’entraident, agissent comme pathogènes et recyclent l’azote et dégradent.

Nous avons cru que pour améliorer la fertilité, il fallait ajouter de l’engrais, alors que la plante est capable d’aller chercher gratuitement ce dont elle a besoin. Il faut juste récolter la lumière du soleil. Ce dernier nous permet de collecter gratuitement le carbone, l’oxygène, l’hydrogène et  l’azote dont les plantes et les microorganismes du sol ont besoin.

«Je n’ai pas acheté d’azote depuis 25 ans, dit-il. La nature nous le donne gratuitement. Vous devez juste savoir comment le capturer.» C’est l’air qui lui fournit et qui est capté par la plante grâce au soleil et au travail des microorganismes du sol. Il ajoute que la fertilisation nuit à la santé du sol en détruisant la vie microbienne. «Votre travail est faire croître le sol à partir des plantes», dit-il.

Légumineuses

Steve Kenyon explique qu’il ne faut pas avoir peur du ballonnement causé par les légumineuses présentes dans les pâturages, mais il faut savoir comment gérer ses pâturages. Lui-même a beaucoup de légumineuses dans ses pâturages.

Chez lui, il change ses vaches de parcelle en après-midi. Elles mangent alors le meilleur. Le lendemain matin, parce qu’elles ont faim, elles mangent les restants qui sont moins riches. L’après-midi, elles changent de parcelle, mais comme elles ont déjà du fourrage dans l’estomac, ça ne crée par de problème. Ça fait plus de 20 ans qu’il nourrit ses vaches avec des pâturages riches en légumineuses et il n’a pas de problème de ballonnement.

Le producteur bovin Steve Kenyon de l’Alberta défait nos paradigmes au sujet des pâturages.
photo: Marie-Josée Parent

 

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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