Une ventilation intelligente

Une nouvelle technologie pour les fermes d’élevage pour apporter un meilleur confort aux animaux.

Les bâtiments d’élevage d’aujourd’hui sont contrôlés par des ordinateurs. Ce sont ce qu’on appelle des contrôleurs d’ambiance. Ils gèrent l’ouverture des entrées d’air et le démarrage des ventilateurs, selon les directives du producteur. Le plus récent système mis en marché, le système Agrimesh, est doté d’une intelligence. C’est-à-dire qu’il recherche constamment les meilleures façons de parvenir à une température constante partout dans le bâtiment. 

À la Ferme Du Beauporc, Martin Auger n’en revient pas. « Je n’ai jamais vu une température rester aussi stable», dit le producteur porcin de Saint-Luc-de-Vincennes en Mauricie.

De l’érablière à la porcherie
À Québec, une entreprise, Penteract, se spécialise dans l’intelligence artificielle. Elle a développé une puce électronique qui interroge constamment le système dans le but de résoudre des problèmes. En entrevue, le directeur général d’Agrimesh, Majid Tounsi, nous montre cette petite puce révolutionnaire. « Cette puce est utilisée dans la plus grande érablière au monde pour détecter les fuites de vacuum dans les tubulures», explique-t-il.

Fier de l’expérience de Penteract avec CDL au Vermont, Majid Tounsi a vu le grand potentiel de l’intelligence artificielle dans les bâtiments d’élevage. Avec le Groupe Jolco qui a les deux pieds dans le secteur agricole, ils ont formé une nouvelle entité pour développer le secteur agricole. Agrimesh a vu le jour au début 2019 et les premières installations ont eu lieu quelques mois plus tard. À la Ferme Du Beauporc, le système a été installé à la fin de l’automne. 

Différent des autres contrôleurs
«Les puces sont capables de communiquer entre elles à une distance de 14 km en ligne droite, sans obstacle, explique Majid Tounsi. Je trouvais que la meilleure place pour les utiliser, c’est en agriculture. On n’a plus besoin d’Internet. La puce crée son propre réseau. »

Une grande différence pour la ferme, c’est le filage. Lorsqu’un électricien vient installer un système de contrôle d’ambiance sur une ferme, il y a tout un réseau de fils à installer. Chaque sonde et chaque équipement, ventilateur et entrée d’air, doit être relié à la boîte de contrôle et à la boîte électrique. Pas avec Agrimesh. Chaque entrée d’air et chaque ventilateur est relié par fil à un boîtier dans lequel on retrouve la fameuse puce. 

Les sondes renferment leur propre puce. Chacun de ces boîtiers est muni d’une pile ayant une durée de vie de trois à cinq ans. Les puces créent un réseau. «On appelle ça, le wisemesh, explique Majid Tounsi. Les puces vont créer une sorte de toile d’araignée. » Les puces relaient l’information au «Hub», l’ordinateur qui récupère toutes les informations des puces de la ferme. L’information est dirigée sur Internet et est disponible dans l’infonuagique, le cloud. Le producteur n’a qu’à ouvrir son ordinateur, sa tablette ou son téléphone intelligent pour avoir l’information à portée de main. Une connexion Internet est nécessaire pour transférer les données vers l’infonuagique, mais le réseau local peut fonctionner lorsqu’Internet n’est pas disponible puisque les puces créent leur propre réseau. Chaque boîtier est aussi indépendant et peut prendre ses propres décisions, mais la force du système, c’est lorsque toutes les puces sont reliées entre elles. 

L’intelligence, ça donne quoi?
«Le système va apprendre sur l’environnement et la qualité de l’air en général», explique Majid Tounsi. C’est ce qu’on appelle l’intelligence artificielle. Un thermostat normal va répondre à la consigne. Si la température est programmée à 20 degrés, les aérothermes arrêteront lorsque la température atteindra les 20 degrés. Toutefois, l’appareil est encore chaud et génère encore de la chaleur. Alors, il faudra évacuer cette chaleur excédentaire, ce qui amènera le système de contrôle à faire ouvrir les entrées d’air. 

Le système Agrimesh peut calculer 9000 combinaisons. Aucun humain ne peut prévoir autant de possibilités. Il évalue une foule de paramètres, comme la température extérieure, le nombre de ventilateurs, le nombre d’ouvertures, les prévisions météorologiques, le nombre d’animaux et la construction du bâtiment. « Le système analyse toutes ces données, explique Majid Tounsi. Il apprend à connaître le bâtiment et comment atteindre les besoins. Il finit par créer sa propre programmation. » Le producteur n’a qu’à insérer les consignes idéales, minimales et maximales. Ce peut être les données de température, d’humidité, de CO2, d’ammoniac de consommation d’eau… selon les sondes installées à la ferme. 

Le système bâtit sa propre expérience, selon le bâtiment. Si un équipement ne fonctionne pas, comme un ventilateur défectueux ou une entrée d’air brisée, il va envoyer une alerte au producteur. En même temps, il refait les calculs en fonction des nouvelles contraintes pour maintenir les consignes dans le bâtiment. Ainsi, si le producteur ne peut pas se déplacer immédiatement pour régler le problème ou si l’équipement ne peut pas être remplacé rapidement, les animaux seront toujours dans un environnement adéquat pour eux. Ce système fonctionne pour tout type d’élevage. Il peut aussi être installé dans une serre de culture. 

« La seule chose qu’il n’a pas, ce sont les émotions»,explique Majid Tounsi. Mais le système apprend de ses erreurs et peut s’en resservir plus tard. Il a appris, par exemple, que l’éclairage génère de la chaleur. Un jour, des ouvriers d’une ferme ont oublié de fermer une porte. En fin de nuit, la température est tombée au point où le système s’est rendu compte qu’il y avait quelque chose qui ne fonctionnait pas. Une alerte a été envoyée au producteur. Pour essayer de maintenir la température dans le bâtiment, le système a allumé les lumières parce qu’il avait appris que ça générait de la chaleur. 

Majid Tounsi, directeur général d’Agrimesh, voit un grand potentiel pour la technologie Agrimesh dans les fermes d’élevage agricoles.
photo: Marie-Josée Parent

Un potentiel infini 

Aujourd’hui, une cinquantaine de fermes sont installées avec cet équipement dans le poulet, les pondeuses, les vaches laitières, les veaux et le porc. Le système peut être installé en remplacement d’équipements existants ou dans des bâtiments neufs. Ce qui est intéressant dans les nouveaux bâtiments, c’est que les ventilateurs n’ont plus besoin d’être de différentes grosseurs parce qu’il n’y a plus de stages de ventilation. Dans une ventilation conventionnelle, il y a la ventilation minimale d’hiver, ce qu’on appelle le stage 1. Or, Agrimesh s’adapte aux ventilateurs existants. Il peut faire varier leur vitesse ou le nombre de ventilateurs en fonction. « On appelle ça la ventilation matricielle ou ventilation sans stage », explique Majid Tounsi. C’est aussi possible pour un producteur de fermer un ventilateur pour l’hiver. Le système va compenser avec les autres ventilateurs encore en fonction. Souvent même, le système va trouver des solutions pour optimiser la température et la qualité de l’air qu’un éleveur n’aurait jamais pensé. Aussi, en raison de son lien avec la météo, il va anticiper les hausses et les chutes de température. 

Lorsqu’un producteur installe le système, il doit laisser le système fonctionner. Il n’a qu’à lui donner les consignes. Le système génère des rapports disponibles sur l’ordinateur, la tablette ou le téléphone. La connexion Internet lui permet d’être en communication avec les développeurs d’Agrimesh, d’aller chercher les données météorologiques en plus de permettre au producteur d’avoir accès à son système de n’importe où dans le monde. Comme nouveau système, il peut paraître dispendieux, mais il fait sauver des frais de chauffage et de câblage. 

« Moi, je vois un potentiel pour l’alimentation des truies en groupe », explique Martin Auger. Le système Agrimesh a été installé dans la nouvelle gestation de truies gestantes en liberté. Il voit un grand potentiel pour le système de prendre en charge l’alimentation des truies par ses soigneurs de marque Asserva. Ce qu’il aime le plus, c’est la simplicité de gestion et l’efficacité du système. « Au début, je le voyais seulement comme un système de contrôle de ventilation, mais je vois que n’importe quoi pourrait être démarré avec ça », dit Martin Auger qui ne voit aucun point négatif au système. Il a des rénovations à faire dans d’autres porcheries et il songe déjà à en installer ailleurs. 

Ce texte est un article publier dans le magazine Le Bulletin des agriculteurs, juin 2020.

Vous aimez cet article? Alors, vous raffolerez de notre magazine. L’essayer c’est l’adopter. Pour vous abonnez cliquez-ici. Bonne lecture!

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

Commentaires