Petit tracteur ira loin

(article publié dans Le Bulletin des agriculteurs en novembre 2011)

Il a plu, le soleil est sorti depuis quelques jours et les mauvaises herbes menacent de prendre le dessus. C’est le temps de sarcler. Vous et vos quelques employés en avez déjà les mains pleines avec d’autres tâches. S’il existait un moyen de sarcler rapidement, à peu de frais et avec peu de main-d’œuvre, ce serait tellement plus facile.

PHOTO : André Dumont

Denis Giroux a peut-être trouvé la solution. L’agronome du Réseau de lutte intégrée Bellechasse a conçu un tracteur polyvalent pour petites et moyennes exploitations maraîchères. D’une remarquable simplicité, le prototype réalise avec précision une foule de tâches au champ, avec une seule personne à bord.

Le Bulletin des agriculteurs s’est rendu chez JPL Maraîcher à Saint-Anselme, constater le fonctionnement de ce tracteur, en présence du producteur de navets Jean-Paul Leblanc, du finissant en agronomie à l’Université Laval Renaud Trudel Boisclair et de Denis Giroux.

« En production maraîchère, la valeur des cultures est très élevée, explique l’agronome. Les risques de pertes en raison des insectes et des maladies sont aussi très élevés. Le contrôle des mauvaises herbes est un autre grand défi : la fenêtre de travail n’est pas très grande et souvent, quand c’est le temps de sarcler, les producteurs sont déjà dépassés par d’autres tâches. »

Autre problématique : il existe sur le marché très peu d’équipements de travail au champ pour les petites fermes maraîchères. De plus, quand on cultive sur de petites superficies, les revenus peuvent difficilement justifier l’achat d’équipements qui ne serviront que quelques dizaines d’heures dans l’année.

De ce constat a germé dans l’esprit de Denis Giroux le concept d’un tracteur maraîcher qui puisse servir à plusieurs tâches dans différentes cultures, qu’elles aient le même espacement entre les rangs ou pas.

Premier prototype

Fabriqué au cours de l’hiver 2011, le premier prototype a été mis à l’essai avec succès l’été dernier. On y reconnaît un ancien tracteur à gazon monté face derrière, sur un cadre en acier offrant à l’opérateur une excellente vision sur ce qui se passe devant et sous le tracteur.

Le tracteur compte déjà deux instruments amovibles, pour la préparation du sol et de désherbage : un jeu de quatre disques et une série de dents. Il est aussi équipé pour l’épandage d’engrais en bande. Il est tout à fait plausible qu’il serve un jour à semer.

« C’est comme un jeu de Lego », dit Renaud Trudel Boisclair pour illustrer à quel point il est facile de changer les instruments et de les ajuster. L’empattement de 58 pouces est un peu plus large que les jeux de disques et de dents. L’opérateur peut donc avancer le tracteur au-dessus de l’instrument, pour ensuite l’attacher à un cadre dont la hauteur s’ajuste à l’aide de cylindres hydrauliques. La position des disques et des dents est aussi très facile à ajuster, pour l’adapter avec précision aux rangs d’une culture spécifique.

À ce jour, le tracteur polyvalent a été testé avec une série de quatre disques pour l’ouverture de sillons, la formation de billons et le sarclage des cultures sur billon. La série de dents a été mise à l’essai entre autres pour le sarclage d’une plantation de fraises et d’un champ de laitue. Le tracteur travaille sur deux rangs à la fois, ou un seul dans le cas des fraises.

D’autres essais seront menés, notamment pour l’application d’engrais. Deux boîtes d’engrais sont reliées à des tubes et un petit moteur électrique, pour une application en bande à haute précision.

« Il n’existe aucun équipement commercial pour l’application d’engrais avec précision pour les petits producteurs maraîchers, explique Denis Giroux. Avec les PAEF (plans agroenvironnementaux de fertilisation), les recommandations sont très strictes et souvent, les producteurs qui appliquent l’engrais à la volée n’arrivent pas à couvrir leur champ avec le volume prescrit, faute de précision. »

En calibrant bien l’applicateur du tracteur polyvalent, le tour sera joué! De plus, une application en bande, à l’endroit précis où la culture récupérera un maximum de l’engrais en permettra une utilisation encore plus efficace.

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