Autriche : l’agriculture « bio » relancée par la maladie de la vache folle

Vienne (Autriche), 13 décembre 2001 – La découverte du premier cas de vache folle en Autriche devrait relancer l’agriculture biologique dans un pays déjà en pointe dans ce domaine, ont estimé des experts jeudi à Vienne.

Pour Alexandra Pohl, de l’Association autrichienne pour la promotion de l’agriculture biologique, le cas d’encéphalopathie spongiforme bovinedécouvert la semaine dernière dans un élevage de Basse-Autriche (est) et officiellement confirmé mercredi, aura des effets « très importants » sur l’agriculture biologique.

« Lorsque se déclare un scandale alimentaire, les consommateurs se ruent sur le bio », explique-t-elle. Mais, prudente, elle ajoute que cet engouement ne durera pas forcément longtemps. « Un ou deux mois plus tard, la demande retombe », souligne-t-elle.

L’agriculture « bio » avait déjà connu un regain d’intérêt en janvier après la découverte d’un cas suspect d’ESB qui s’était finalement révélé négatif. Au même moment, un scandale de porcs nourris aux antibiotiques avait éclaboussé les tenants de l’élevage intensif.

« A l’époque, nous avions constaté une forte progression de la demande pour les produits biologiques », se rappelle Herbert Sedy, de l’Association d’information des consommateurs. « Depuis, la demande s’est tassée mais elle devrait rebondir », estime-t-il. « A l’époque, nous aurions pu vendre cinq à dix fois notre production de porcs bio », ajoute Mme Pohl.

En dépit du premier cas avéré d’ESB, les consommateurs autrichiens ne semblent pas avoir radicalement modifié leurs habitudes d’achat, indique Oskar Wawschinek, porte-parole de l’Institut autrichien de marketing agricole.

« La viande bio ne représente que un pour cent du marché. Même si les consommateurs se ruaient sur ce type de produits, la part de marché ne devrait pas dépasser deux à trois pour cent », ajoute-t-il. « Ce serait évidemment bénéfique pour les agriculteurs convertis au bio, mais sur l’ensemble, cela ne représentait toujours pas grand’chose ».

Après la découverte du premier cas de vache folle, le ministre de la Santé, Herbert Haupt, a fait la promotion de l’agriculture biologique. Pour le porte-parole du ministère de l’Agriculture, Daniel Kapp, cet appel à consommer « bio » devra être entendu pour que le secteur se développe.

« Nous pouvons prendre des mesures politiques en faveur du bio mais il reste que l’offre devra toujours s’ajuster à la demande », explique-t-il en rappelant que récemment au Tyrol (ouest), des agriculteurs « bio » ont dû vendre au prix du marché leur production laitière alors que ces produits sont généralement de 30% à 35% plus chers.

Selon lui, le nombre d’exploitations agricoles se reconvertissant dans le « bio » est à nouveau en progression. Au total, 9% des 235.000 exploitations agricoles autrichiennes (8,32% des terres cultivables) sont « bio » et n’utilisent ni pesticides ni engrais chimiques, un record pour l’Union européenne.

L’Autriche, où les Verts représentent entre 7% et 9% de l’électorat, est suvie par la Finlande qui a également enregistré la semaine dernière son premier cas d’ESB. Quelque 6,6% des terres arables sont cultivées « bio » dans ce pays nordique.

Pour Franz-Jakob Purkarthofer, porte-parole de « Ernte fuer das Leben » (« Une moisson pour la vie »), la première association d’agriculteurs « bio », le premier cas de BSE en Autriche ne devrait pas avoir de conséquences immédiates sur les exportations de produits naturels.

L’an dernier, l’Autriche a exporté quelque 20% de ses produits « bio ». D’ici à 2005, cette proportion devrait progresser à 35%, selon M. Purkarthofer. « Lorsque la maladie de la vache folle se déclare en dehors de nos frontières, nos produits bio en bénéficient à l’export », explique-t-il.

Source : AFP

Commentaires