Biotechnologies : plan d’action contre le retard de la France

France, 11 mars 2002 – L’industrie des biotechnologies française souffre d’un retard important susceptible d’affecter gravement l’avenir du secteur pharmaceutique. Laurent Fabius, ministre de l’Economie et des Finances, en est convaincu. Les biotechnologies sont un sujet extrêmement sensible, mal connu et mal perçu par le grand public, au point que « les risques dissimulent les promesses ». C’est donc dans un souci de pédagogie et d’information, afin de dépasser les blocages, que Laurent Fabius a confié la rédaction d’un rapport à une équipe d’experts dirigée par Noëlle Lenoir, conseiller d’Etat, sur la manière de « relever le défi des biotechnologies ».

S’appuyant sur les bases de ce travail, Laurent Fabius et Christian Pierret, ministre délégué à l’Industrie, ont souhaité que s’organisent dès le début de la prochaine législature des Assises des Sciences de la vie. « On peut comprendre les inquiétudes à l’égard des biotechnologies, suscitées par des questions comme le clonage thérapeutique, les OGM ou la brevetabilité, mais il faut les gérer et avancer », explique un des experts. Car cette science permettra de prévenir des maladies graves voire incurables aujourd’hui, d’améliorer le diagnostic et de mettre au point des traitements beaucoup plus performants là où la médecine est tenue en échec (maladies d’Alzheimer, de Parkinson, schizophrénie, cancers etc …).

Le groupe de travail, qui a planché pendant trois mois, souligne que les biotechnologies représentent un marché potentiel de 100 milliards d’euros en Europe d’ici à 2005. Dans le monde, il serait de 2000 milliards d’euros sous dix ans, dont 800 milliards pour la seule industrie pharmaceutique. « Si la France devait manquer ce tournant, son industrie pharmaceutique, déjà fragilisée serait condamnée. Or ce secteur, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 24 milliards d’euros en 1999, emploie plus de 100.000 personnes ».

Les experts proposent au gouvernement d’appliquer aux biotechnologies une stratégie comparable à ce qui a été fait pour les technologies de l’information. Et suggère de créer une mission interministérielle sur le sujet chargée de mettre en oeuvre un programme d’action, qui s’articulerait autour de sept priorités: un effort accru en faveur de la recherche publique, un arsenal réglementaire qui sécurise la brevetabilité des inventions, plus d’aide à la création des jeunes pousses innovantes dont une dotation exceptionnelle à l’Anvar, plus de financements à la recherche privée avec un crédit recherche amélioré et un nouveau statut fiscal pour les fondations, une fiscalité d’exception pour les jeunes entreprises innovantes, une participation de citoyens au choix éthiques et un rééquilibrage des relations nord-sud pour un meilleur accès aux soins.

« Il n’y a pas de décision à attendre dans l’immédiat, mais le moment est favorable pour poser les bonnes questions », commentait encore un des experts.

Source : Les Échos

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