Brésil : les exportations de poulet subissent le contrecoup de la grippe

Sao Paulo (Brésil), 31 mars 2006 – Epargné par le virus de la grippe aviaire, le Brésil subit le contrecoup de la crise mondiale de la consommation de poulet, après avoir profité des embargos frappant certains pays pour consolider sa position de premier exportateur avicole mondial.

Selon le président de l’Association des exportateurs de poulet (ABEF), Ricardo Gonçalves, les exportations brésiliennes pourraient baisser de 10% cette année en volume dans le pire des scénarios.

Au mieux, si la consommation se redresse, elles pourraient augmenter de 5%, a-t-il indiqué lors d’une conférence internationale sur la volaille cette semaine à Sao Paulo.

L’ABEF pousse les aviculteurs à réduire rapidement de 25% leur production afin de rééquilibrer le marché. « Nous traversons une période d’ajustement en forçant les entreprises du secteur à diminuer leur rythme de production », a souligné Ricardo Gonçalves.

Selon lui, les stocks excédentaires représentent actuellement entre 200.000 et 300.000 tonnes et ne pourront être absorbés par la consommation intérieure.

Insensible à la psychose de la grippe aviaire, le consommateur brésilien mange pourtant davantage de poulet grâce à la chute des prix provoquée par l’offre excédentaire. Selon l’Association brésilienne des supermarchés, le prix a chuté de 15% en moyenne et la consommation des Brésiliens est passée en quelques mois de 35 kg à 40 kg par an.

En 2005, les exportations brésiliennes de poulet ont atteint des montants record en volume comme en valeur: 2,84 millions de tonnes pour 3,5 milliards de dollars, selon les chiffres de l’ABEF.

Mais en février les ventes de poulet brésilien à l’étranger ont baissé de 7% en volume par rapport à janvier, tandis que les recettes ont diminué de 13%. L’effondrement de la consommation en Europe, après l’Asie, explique la baisse des exportations brésiliennes.

En 2004 et 2004, le Brésil avait pourtant profité de la crise de la grippe aviaire en Chine et en Thaïlande pour évincer les exportateurs de ces deux pays sur des marchés comme la Russie ou le Japon, selon l’expert international Gordon Butland.

Pour le président de l’ABEF toutefois « la grippe aviaire n’est qu’un des facteurs justifiant la préférence pour le poulet brésilien ». Il met en avant d’autres atouts comme l’alimentation naturelle au maïs et au soja, ou les prix compétitifs.

Pour Nan-Dirk Mulder, spécialiste du marché de la volaille de la banque Rabobank, les excédents représentent actuellement 4 à 5% de la consommation mondiale, soit 3 millions de tonnes. Il s’attend au total à une baisse de 1,5% de la consommation de poulet dans le monde cette année.

« Une réduction de la production à court terme est nécessaire », conclut-il. Toutefois M. Mulder reste confiant que « la demande mondiale va se redresser lentement dans les prochaines années », estime-t-il. « L’enjeu est de regagner la confiance des consommateurs ».

Redoutant la propagation du virus sur son territoire par les oiseaux migrateurs, le Brésil de son côté s’apprête à adopter d’ici la semaine prochaine un plan de prévention et d’action contre la grippe aviaire, qui s’ajoutera aux strictes mesures phytosanitaires déjà en place.

M. Gonçalves réfute cependant certaines informations donnant pour certaine l’arrivée du virus en septembre au Brésil avec la migration d’oiseaux en provenance d’Amérique du Nord: « cela ne repose sur aucune preuve scientifique », estime-t-il.

Les autorités surveillent toutefois les routes migratoires des oiseaux sauvages afin de détecter l’entrée éventuelle du virus.

Source : AFP

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