Charbon : décision surprenante de la Russie

Moscou (Russie), 17 octobre 2001 – La décision de Moscou de suspendre les importations de produits d’origine animale en provenance de Floride, à la suite de cas de maladie du charbon dans cet État américain, a été accueillie avec surprise par les experts, sur fond de psychose mondiale.

La Russie est pour l’instant le seul pays a avoir pris une telle décision.

Les autorités russes ont précisé mercredi avoir décidé cette suspension dans l’attente d’éclaircissements sur “les circonstances et les sources de la contamination” par la maladie du charbon en Floride.

Huit personnes ont été contaminées par la maladie du charbon dans cet Etat du sud-est des Etats-Unis, et l’une d’elles en est morte.

« Jusqu’à présent nous n’avons été informés que par les médias, nous voulons obtenir du gouvernement américain tous les renseignements » sur cette contamination, a déclaré à l’AFP un responsable des services vétérinaires du ministère russe de l’Agriculture.

L’interdiction frappe les animaux sur pieds et la viande crue, a précisé à l’AFP le service de presse du ministère. Il a indiqué dans un premier temps que les volailles n’étaient pas concernées, mais selon le responsable des services vétérinaires, ce produit est également visé.

La décision russe annoncée mardi soir a été prise vendredi dernier, après l’apparition des premiers cas de contamination en Floride, a affirmé une porte-parole du ministère.

La contamination digestive de la maladie du charbon est théoriquement possible par une viande mal cuite, selon les experts.

L’ambassade des Etats-Unis à Moscou s’est refusée mercredi à tout commentaire, notamment sur le volume des importations concernées, dans l’attente de directives de Washington, a indiqué à l’AFP un porte-parole.

Chez les animaux, cette maladie contagieuse est particulièrement présente parmi les herbivores domestiques, comme les chèvres, les chevaux et les moutons. Le cheptel russe est vacciné contre cette maladie, selon l’agence Interfax.

La maladie du charbon, une maladie du bétail contagieuse pour l’homme, était fréquente en Russie il y a un siècle et touche encore aujourd’hui de cinq à 30 Russes par an.

Dix-neuf cas ont été enregistrés l’année dernière, selon des chiffres officiels.

Trente-six habitants de la République russe de Touva (Sibérie) ont été hospitalisés pour subir des analyses après avoir été en contact avec des animaux atteints, avait rapporté mardi le quotidien Izvestia.

Reste que les cas enregistrés depuis début octobre aux Etats-Unis ne sont pas naturels et relèvent vraisemblablement du bioterrorisme.

« La réaction de la Russie est extrêmement forte et difficile à comprendre », a déclaré à l’AFP un expert étranger en agroalimentaire, rappelant qu’en cas d’épidémie « les Russes prennent toujours une position maximaliste quitte à rouvrir les verrous ensuite ».

Lors de l’épidémie de fièvre aphteuse en mars dernier, la Russie avait fermé ses frontières à tous les produits d’origine animale importés des pays européens.

« Ce ne serait pas la première fois que des barrières sanitaires seraient utilisées à des fins commerciales », a estimé un autre expert européen.

La Russie est l’un des plus gros clients des Etats-Unis pour la viande de volaille avec quelque 700 000 tonnes importées par an et des discussions sont actuellement en cours sur un projet russe de quotas tarifaires qui s’appliqueraient aux importations de volailles.

« Il est difficile de voir l’intérêt et la logique d’une telle mesure sauf en terme de communication auprès de l’opinion publique qui pourrait être liée à la psychose mondiale » sur la maladie du charbon, a suggéré un autre expert européen, sous couvert de l’anonymat.

Source : AFP

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