« Clipping » de soya

Couper le point de croissance du soya au stade de la deuxième ou troisième feuille trifoliée stimule la production de fleurs et de gousses et résulte en une augmentation significative du rendement. Cette technique, appelée « clipping de soya », a été mise à l’essai en petites parcelles aux États-Unis et en Ontario. Les résultats intéressants ont incité Tony Blackwill, un agronome consultant, à transposer cette approche en grand champ en 2013. Ses observations ont été rapportées dans un récent article.

Le point critique demeure la coupe elle-même. Il faut réussir à couper le centre de la plante, sans endommager ni couper les feuilles trifoliées avoisinantes. En petite parcelle, il est plus facile de contrôler la hauteur de coupe de chaque rang. Mais en plein champ, on doit absolument utiliser une machine dont la hauteur de coupe s’ajuste en roulant. Les faucheuses à foin ou tondeuses rotatives ne sont pas adaptées et peuvent endommager la culture. La tonte chimique est également possible avec des régulateurs de croissance, mais à chaque fois qu’un produit chimique est appliqué, la culture brûle de l’énergie pour métaboliser le produit. Quant à la blessure mécanique, la plante « guérit » en quelques jours. Ainsi, elle ne s’expose pas trop aux agents pathogènes qui pourraient profiter de cette porte d’entrée.

Un taux de semis de 130 000 pl/acre en rangs de 30 pouces a été utilisé pour favoriser le branchement du soya. Malgré le fait que le taillage du soya a procuré 20 % plus de gousses par plant, il n’y a eu aucune différence statistique de rendement en grain. Les rendements obtenus sur trois sites varient entre 59 et 61 boisseaux/acre (4000 et 4100 kg/ha). L’agronome explique ces résultats par les facteurs climatiques de la saison. L’opération de coupe des plants ajoute un effet de stress à la culture et retarde cette dernière de 7 à 10 jours. Or en 2013, ce délai a amené les parcelles taillées en pleine floraison lors de conditions chaudes avec peu de précipitations. Le spécialiste évalue entre 10 et 30 % d’embryons avortés. De plus, l’augmentation de la croissance des feuilles après la taille augmente également la quantité d’eau requise par les plantes, ce qui a accentué le stress hydrique en 2013.

Pour la prochaine saison, le spécialiste compte poursuivre ses essais en changeant le choix de maturité des cultivars. Puisque le « clipping » retarde la maturité entre 7 et 10 jours, il choisira des variétés plus hâtives pour atteindre la période de floraison en même temps que les parcelles non taillées. À suivre.

Source : Corn+soy+wheat Handbook

Article paru dans l’édition de janvier du Bulletin des agriculteurs.

à propos de l'auteur

Journaliste

Céline Normandin est journaliste spécialisée en agriculture et économie. Elle collabore également au Bulletin des agriculteurs.

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