Création d’un groupe consultatif international sur les OGM préconisée

La Conférence OCDE d’Edimbourg sur les aspects scientifiques et sanitaires des aliments génétiquement modifiés s’est achevée sur un appel, lancé par Sir John Krebs, président de la conférence, à la création d’un groupe consultatif international qui aurait pour mission de réfléchir aux multiples facettes du débat sur les OGM.







Les rapporteurs ont dressé une liste des points de convergence qui semblent s’être dégagés : nécessité d’une ouverture et d’une transparence plus grandes tant au niveau du débat que du processus de prise de décision, et reconnaissance des avantages potentiels d’un recours aux techniques du génie génétique.


À l’issue des trois jours qu’a duré cette conférence, Sir John Krebs, professeur de zoologie à l’Université d’Oxford et président désigné de la future Agence britannique de normalisation alimentaire, a en effet déclaré aux délégués qu’il semblerait judicieux d’instaurer un cadre de dialogue permanent au niveau international. Il conviendrait que les gouvernements des pays développés et en développement examinent quelle forme pourrait revêtir concrètement ce dialogue, mais à son avis, a-t-il ajouté, le groupe mis en place aurait «davantage pour vocation d’informer que de définir des orientations». Sir John Krebs a toutefois recommandé que ce groupe, s’il était effectivement institué, ne se cantonne pas aux aspects agricoles et alimentaires des biotechnologies, mais aborde également tout un éventail d’autres questions concernant notamment les échanges, le développement économique ou les problèmes environnementaux et éthiques. Certes, les débats partiraient de données scientifiques, mais il leur faudrait s’appuyer sur les travaux déjà engagés dans d’autres instances. «Si un dialogue international est effectivement lancé, il devra impérativement se fonder sur des considérations scientifiques mais ne saurait se limiter à ces aspects», a déclaré le président, qui a ajouté qu’«il faudrait aussi qu’il prenne en compte des questions plus générales comme le développement économique ou le commerce ainsi que d’autres préoccupations évoquées au cours de cette conférence».

La réflexion qu’a inspiré cette suggestion au Secrétaire général de l’OCDE, M. Donald J. Johnston, est qu’«en effet, cette idée mérite d’être examinée de plus près. Bien entendu, il appartient aux gouvernements de prendre une décision en la matière, mais l’OCDE dispose de nombreux atouts lui permettant de favoriser un dialogue international à l’instar de ce qu’elle a déjà fait dans d’autres domaines allant du développement durable au commerce électronique.»

La Conférence d’Edimbourg intitulée “Sécurité des aliments génétiquement modifiés : faits, incertitudes et évaluation”, qui s’est tenue du 28 février au 1er mars, a rassemblé quelque 400 participants originaires de plus de 40 pays et représentant les sphères gouvernementales, le secteur industriel et des organisations non gouvernementales, parmi lesquelles Greenpeace International, Les Amis de la Terre et GeneWatch. Organisée sous l’égide des autorités britanniques, cette conférence fait partie intégrante du programme de travail engagé par l’OCDE dans le domaine des biotechnologies. Ses conclusions seront intégrées au rapport que l’OCDE soumettra au Groupe des huit pays les plus industrialisés à l’occasion de leur sommet d’Okinawa (Japon) en juillet 2000. L’OCDE répond ainsi à la requête formulée par les chefs d’Etat et de gouvernement du G8 qui, lors de leur sommet de Cologne en juin 1999, ont souhaité qu’elle entreprenne «une étude traitant des incidences des biotechnologies et d’autres aspects de la sécurité de l’alimentation», et fait suite à l’approbation par les ministres des pays Membres de l’OCDE, en mai 1999, du programme de travail sur les biotechnologies.

Dans leur projet de synthèse, les deux rapporteurs de la conférence — M. Peter Tindemans, expert scientifique néerlandais auprès de divers gouvernements, organisations internationales et autres organismes publics et privés, et M. Iain Gillepsie, fonctionnaire britannique actuellement attaché au ministère de la santé du Royaume-Uni — précisent que cette rencontre avait pour objectif de déterminer de façon consensuelle si, et dans quelle mesure, les appliications des techniques de génie génétique aux secteurs agricole et alimentaire étaient utiles à la société dans son ensemble. Les participants ont par ailleurs cherché à savoir si les systèmes mis en place pour évaluer les risques et avantages des aliments génétiquement modifiés étaient jugés fiables par les pouvoirs publics, l’industrie, la communauté scientifique, la société civile et les organismes de réglementation.

Les rapporteurs ont dressé une liste des points de convergence qui semblent s’être dégagés : nécessité d’une ouverture et d’une transparence plus grandes tant au niveau du débat que du processus de prise de décision, et reconnaissance des avantages potentiels d’un recours aux techniques du génie génétique. Ils font par ailleurs observer que bien que de nombreuses personnes consomment des aliments transgéniques, aucune incidence notable sur la santé humaine n’a encore été constatée.

Il n’en demeure pas moins, notent les deux rapporteurs, que les avis restent partagés sur de nombreux points. Selon certains participants, par exemple, les effets des organismes génétiquement modifiés sur la santé humaine ne peuvent être évalués sans prendre en compte l’impact sur l’environnement et sur les échanges, les facteurs socio-économiques en jeu ou les systèmes de croyance. Des divergences persistent aussi sur ce que représente la modification génétique : s’inscrit-elle dans l’évolution logique des méthodes d’amélioration des plantes ou bouleverse-t-elle si radicalement la logique de production des nouvelles variétés qu’il faille revoir intégralement les modes d’évaluation de la sécurité des aliments ?

Autre point de désaccord : faut-il autoriser les pays à développer individuellement des techniques de génie génétique en fonction de leurs besoins alimentaires, ou faut-il imposer un moratoire international sur les cultures transgéniques ? En outre, des questions telles que l’étiquetage obligatoire des produits alimentaires génétiquement modifiés, l’utilité de procéder à des tests alimentaires sur des animaux et les méthodes d’évaluation des inquiétudes des consommateurs ne font pas l’unanimité non plus. Enfin, il apparaît nécessaire de poursuivre les travaux consacrés aux effets potentiels à long terme des aliments transgéniques sur la santé humaine, la sécurité des travailleurs et l’environnement.

On trouvera des informations complémentaires sur la conférence en consultant le site Web de l’OCDE où sera publié dans le courant du mois le rapport complet du président de la conférence.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE)

http://www.oecd.org/

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