Déversement de 12 tonnes de grains devant le complexe Guy-Favreau à Montréal

Montréal (Québec), 9 novembre 2006 – « Le gouvernement canadien doitinvestir urgemment dans son industrie céréalière s’il veut sauvegarder cesecteur névralgique de notre économie. Sinon, aussi bien convertir nos champsen centres commerciaux et en condos et se tourner vers nos voisins du sud pournous approvisionner ! »

C’est en ces termes que se sont adressés M. Denis Bilodeau, vice-président de l’Union des producteurs agricoles (UPA), et M. ChristianOverbeek, président de la Fédération des producteurs de cultures commercialesdu Québec (FPCCQ), aux centaines d’agriculteurs et agricultrices réunis cematin pour assister au déversement de plus de 12 tonnes de grains en pleincentre-ville de Montréal.

Massés devant le Complexe Guy-Favreau, symbole au Québec de l’administration fédérale, les agriculteurs ont voulu dénoncer l’inertie du gouvernement Harper vis-à-vis les subventions massives octroyés par les Etats-Unis et réclament une véritable politique agricole pour contrer les effets pernicieux du Farm Bill américain. Déjà, depuis quelques semaines, lagrogne s’est faite sentir un peu partout en région, alors qu’on a assisté àdes gestes semblables à Alma, Rimouski, Trois-Rivières, Saint-Hyacinthe,La Pocatière, à la frontière Québec-Ontario et au port de Sorel. De plus, cetaprès-midi, un événement similaire se tiendra devant les bureaux du Centre derecherche et de développement sur les sols et grandes cultures d’Agricultureet Agroalimentaire Canada à Québec.

Rappelons que la crise vécue au Québec et au Canada est dueprincipalement aux subventions déloyales de certains pays à leurs producteursde grains, particulièrement les Etats-Unis. L’Agence des services frontaliersdu Canada a d’ailleurs conclu en mars 2006 que le préjudice associé à cespratiques, et le dumping sur le marché canadien qui s’ensuit, justifiait unepénalité de 70 $/tonne sur l’importation de mais des Etats-Unis (le coût deproduction de cette culture s’établit à 180 $/tonne). Or, paradoxalement, leTribunal canadien du commerce extérieur déduisait pour sa part, dans unedécision rendue en avril 2006, que le tort subi ne causait pas de dommages auxproducteurs et ne risquait pas d’en occasionner.

« Comment peut-on à la fois reconnaître un problème et en nier les impacts ? », de questionner le vice-président de l’UPA. « Puisqu’Ottawa a retiréles droits compensateurs et anti-dumping sur le mais américain et qu’il n’atoujours pas honoré sa promesse de réformer le programme canadien de sécuritédu revenu, comment compte-t-il aider les producteurs de grains à s’en sortir ? », de poursuivre M. Bilodeau.

Depuis 2002, l’UPA et les producteurs de grandes cultures du Québecmultiplient les efforts pour amener le gouvernement fédéral à revoir sapolitique agricole. Ils estiment qu’Ottawa devrait investir au moins200 millions de dollars par année dans le secteur du grain, au Québecseulement, pour redresser l’industrie. « Nous venons d’apprendre que le pointsur la situation désastreuse du secteur céréalier inscrit à l’ordre du jour dela réunion des ministres de l’Agriculture fédéral et provinciaux des 13 et14 novembre prochains ne serait même plus discuté », s’indigne M. Overbeek.« Cette omission est injurieuse pour les producteurs de grains du pays et lesautorités n’ont pas fini de nous entendre ! » Par ailleurs, à sa comparutiondevant le Comité permanent de l’agriculture de la Chambre des communes lasemaine dernière, le ministre de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire duCanada, M. Chuck Strahl, a même prétendu que ce secteur n’était plus en crisemais plutôt dans une simple période difficile. Pour M. Overbeek, « malgré unehausse de prix ces dernières semaines, la gravité de la crise demeure. Eneffet, en dépit de la bonification récente des prix du marché, faisant passerde 60 à 75 % l’atteinte du coût de production, les producteurs sont toujoursbien loin de la rentabilité. »

En fait, depuis 2000, les prix moyens du marché n’ont jamais comblé lescoûts de production des différents secteurs céréaliers; pour l’ensemble desvariétés de grains, ils ne que représentent que 55 à 75 % de ceux-ci. « Nousendurons cette situation depuis une décennie maintenant et il faut évaluerprudemment les soubresauts ponctuels du marché, car les facteurs fondamentauxdemeurent. En effet, la suspension des négociations à l’OMC de cet été aencouragé les Etats-Unis et l’Europe à maintenir leurs subventions déloyales »,de poursuivre le président de la Fédération.

Ce dernier renchérit en dénonçant le manque de vision du gouvernementconservateur. « Comment se sentir rassurés alors que tout ce que propose leministre fédéral de l’Agriculture, c’est une voie rapide vers la sortie avecson programme Options pour les familles agricoles, lequel incite, entreautres, certaines familles agricoles à quitter l’agriculture ! On ne veut paslaisser tomber la production de céréales. On veut en vivre, et en vivredécemment », de poursuivre M. Overbeek; « il est plus que temps d’inscrire cedossier à l’ordre du jour des priorités agricoles du gouvernement fédéral »,ajoute-t-il.

Rappelons que Statistique Canada prévoit une baisse de 81 % des revenusnets agricoles en 2006 en regard de ceux de 2004. Par ailleurs, l’Organisationde coopération et de développement économique (OCDE) rapportait, en 2004, queles producteurs américains bénéficiaient d’un soutien aux revenus agricoles de454 $US par personne. Les Européens ne sont pas en reste avec 327 $US, alorsqu’ici nous devons nous débrouiller avec un maigre 181 $US par personne.

« Le gouvernement fédéral doit revoir entièrement son programme desécurité du revenu agricole. Il doit ajuster son approche de façon à répondreaux besoins et aux conditions du marché d’aujourd’hui. Il doit mettre en placeune nouvelle politique agricole qui fasse le poids sur la scèneinternationale. Il doit investir mieux et davantage pour soutenir sonagriculture. Il doit surtout assumer ses responsabilités maintenant, sanstarder, avant que ne disparaisse entièrement un pan complet de notreéconomie », de conclure les deux porte-parole agricoles.

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération des producteurs de cultures commerciales du Québec
http://www.fpccq.qc.ca/

Statistiques Canada
http://www.statcan.ca/

Union des producteurs agricoles (UPA)
http://www.upa.qc.ca/

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