En France, le Canada rêve de grande distribution alimentaire

Paris (France), 10 novembre 2002 – Après quelques opérations ponctuelles menées au fil des ans, le Canada rêve maintenant de pénétrer durablement le marché français de la grande distribution avec ses produits alimentaires.

Depuis le printemps, le service commercial de l’Ambassade du Canada à Paris travaille sur l’idée d’installer dans les hypermarchés de l’Hexagone des étagères « canadiennes ».

Le projet pourrait connaître des développements au cours des prochaines semaines: en ce moment, les représentants de l’ambassade multiplient les rencontres pour tenter de convaincre une grande enseigne de s’y associer. Comme les acteurs importants dans ce secteur (Carrefour, Auchan, Casino, Leclerc) se comptent sur les doigts de la main, les choses pourraient aller vite: deux groupes auraient déjà manifesté leur intérêt pour le projet.

« On vise haut, lance Lucie Tremblay, la directrice du service. C’est un projet ambitieux qui vise à assurer une vraie présence des produits canadiens sur le marché français. »

Depuis une dizaine d’années, le Canada a donné quelques coups de sonde dans l’univers complexe et très concurrentiel de la grande distribution. Des opérations de promotion ont été menées en province, chez Leclerc ou à la centrale d’achat des enseignants.

A Paris, les services commerciaux canadiens avaient célébré Noël en grande pompe, au magasin Le Printemps, près de l’Opéra. L’opération avait eu un assez bon impact promotionnel, mais avait donné des résultats plutôt minces.

« Le but était quand même de faire “référencer” nos produits », rappelle Lucie Tremblay. Au final, un « seul avait été retenu » (en l’occurrence un parfum Lise Wattier toujours en vente au Printemps).

Aujourd’hui, les services commerciaux canadiens à Paris souhaitent une approche plus soutenue et plus constante. « On trouve déjà des rayons suédois ou espagnols dans les hypermarchés, dit Lucie Tremblay. A long terme, on souhaite la même chose pour les produits canadiens. »

Cela ne se fera pas du jour au lendemain. Il serait d’ailleurs illusoire de croire que le Canada parviendra à couvrir l’ensemble du marché. Un scénario réaliste serait de parvenir d’ici quelques années à assurer une présence honnête des produits haut de gamme des quatre coins du pays dans une demi-douzaine d’hypermarchés, à Paris et dans des villes importantes, comme Lyon, Rennes ou Bordeaux. Dans un premier temps, cette présence sera modeste: le Canada tiendra sur une ou deux étagères, pas plus.

« On voudrait commencer dans deux ou trois villes, en testant une centaine de produits secs, explique Mme Tremblay. Six mois plus tard, on pourra en identifier une quarantaine pour lesquels il y aura eu une bonne demande. »

Ces produits seront évidemment typiquement canadiens et québécois. Sirop d’érable, confiture, thé de bleuets sauvages, saumon fumé à l’indienne, bière, champignons séchés, riz sauvage: ils évoqueront la nature, les grands espaces, l’absence de pollution, des valeurs refuges en ces temps de crise alimentaire.

Les services commerciaux canadiens à Paris ont associé toutes les provinces – y compris le Québec – à cette aventure. « Une trentaine de sociétés participent au projet. La moitié d’entre elles sont québécoises, précise Mme Tremblay. C’est le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec qui nous a fourni la liste. »

La collaboration du Québec s’est toutefois arrêtée là, sa stratégie en matière d’exportation étant diamétralement opposée à celle du Canada.

« Nous croyons qu’avant de songer à la grande distribution, il faut se donner des bases solides en matière d’appellations d’origine contrôlée, expliquait le ministre Maxime Arseneau au cours d’un récent séjour à Paris. Il ne faut pas tomber dans le marketing facile ou les effets de mode. Nous voulons nous inspirer de ce qui se fait de mieux en France dans ce domaine. »

Le Québec est d’ailleurs en train de développer pour ses produits du terroir et les produits « fermiers » de nouvelles appellations certifiées. De cette manière, il espère pénétrer non pas les hypermarchés, mais les boutiques spécialisées forcément haut de gamme, avec des produits comme le fromage Pied de vent, produit aux Iles-de-la-Madeleine.

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