Foin : les signaux sont bons

Baisses des acreages, sécheresse en Europe et dans certaines parties des États-Unis, consommation accrue de viande bovine dans les pays en émergence. Le foin serait-il sur le point de devenir une denrée dont le commerce fait autant jaser que celui des grains?

Décidement, les signaux positifs s’accumulent dans le monde du commerce du foin. D’emblée, on constate une baisse de l’offre, ce qui ne peut qu’influer à la hausse sur les prix.

Le dernier rapport Crop Production Report du USDA fait état de superficies en luzerne et luzerne mélangée en baisse de 4 %. Les autres formes de foin ont perdu 14 % de terrain par rapport aux superficies de l’an dernier.

Le USDA prévoit des rendements en luzerne presque aussi bons qu’en 2010, tandis que les rendements des autres types de foin sont estimés 14 % inférieurs à l’an passé. Il y aura donc nettement moins de foin disponible cette année aux États-Unis.

Au Québec, la qualité et l’abondance du foin varient d’une région à l’autre. La pluie qui revient régulièrement rend difficiles les chantiers de récolte.

« L’ensilage et le foin laitier semblent se faire dans les normes. C’est le foin sec qui est le plus difficile à aller chercher. C’est un combat », dit l’agronome Alexandre Bérubé Beaulieu, coordonnateur chez Haybec, une entreprise de commercialisation de foin soutenue par des coopératives agricoles du Bas-Saint-Laurent.

Selon l’agronome, les pluies fréquentes de cet été mettent en évidence la pertinence de se doter de séchoirs pour le foin au Québec.

Fondé en 2008, Haybec se trouve à coordonner une partie du commerce de foin entre producteurs agricoles au Québec, tout en explorant les marchés d’exportation.

Haybec achète et vend du foin pour répondre aux divers besoins des propriétaires de chevaux ou de troupeaux laitiers. Elle propose notamment son « transi-foin », dont le contenu nutritionnel est adaptés aux besoins des vaches en transition.

« On se rend compte que la taille des fermes va en grossissant, les prix des grains augmentent et celui des terres aussi. Pour plusieurs producteurs (laitiers), il est plus rentable d’acheter du foin que de le cultiver sur des terres qui valent très cher », explique Alexandre Bérubé Beaulieu.

Les forts prix des grains mettent effectivement de la pression sur les terres où maïs et soya peuvent être cultivés, ce qui laisse moins de place au foin. Confirmée aux États-Unis, cette tendance reste à démontrer à l’aide de statistiques au Québec.

Marchés d’exportation
Pour l’instant, Haybec ne vise pas le marché des États-Unis. La vigueur du dollar américain nuit aux exportations et en ces temps de morosité économique, le réputé marché des chevaux offre peu d’opportunités, selon Alexandre Bérubé Beaulieu.

Haybec a plutôt les yeux tournés outre-mer. Il y aurait de la demande en France, à la suite de la sécheresse. Dans certains pays arides du Moyen-Orient, on s’obstine à élever des bêtes plutôt que d’importer de la viande, ce qui crée une demande pour le foin. Pour sa part, le Japon recherche de la fibre de qualité pour ses bovins.

De façon générale, observe Alexandre Bérubé Beaulieu, la demande pour la protéine animale est en hausse dans de nombreux pays émergents, ce qui crée une demande pour le foin.

Le foin demeure une culture beaucoup moins prévisible que les grains, d’où la difficulté à organiser sa mise en marché, souligne Alexandre Bérubé Beaulieu. « À cause de la météo, on ne sait pas ce qu’on obtiendra avant que la saison soit terminée. »

Autre différence notable : beaucoup moins d’information circule sur les prix du foin. N’empêche, avec les prix des grains élevés, ceux du foin ne peuvent qu’augmenter.

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