France : crise pour les producteurs de lait, confrontés à la baisse des cours

Quimper (France), 26 février 2004 – Blocage des laiteries, barrages sur les routes, voire échauffourées devant des préfectures : les producteurs de lait ont multiplié les actions ces dernières semaines en France, en particulier dans l’Ouest, pour protester contre la baisse des cours.

La Bretagne et les Pays de la Loire représentent un peu plus de 35% de la production française annuelle qui est de l’ordre de 25 milliards de litres de lait, avec 110 000 fermes laitières.

Raison de la colère des producteurs: la baisse du prix du litre proposée par les laiteries en début d’année, alors que sa fixation faisait l’objet depuis 1997 d’un arbitrage trimestriel paritaire en fonction des différents marchés (produits de grande consommation, fromages, produits industriels).

En 2003, le prix moyen acheté par les laiteries en France, qui transforment la matière première qu’est le lait en de nombreux produits, se situait à 292,84 euros pour 1000 litres (l’unité usuelle de transaction), contre 307,62 euros en 2001. Un producteur fournit en moyenne entre 200 000 et 250 000 litres de lait par an, en tenant compte des quotas fixés par l’Union européenne.

Après plusieurs cycles de négociations, producteurs et laiteries s’arc-boutent sur des positions toujours inconciliables: « Nous acceptons 6,7 euros de baisse pour 1000 litres, les industriels en veulent 10,7 euros », a expliqué à l’Associated Press Bernard Bourgeau, délégué pour la Bretagne de la Fédération nationale des producteurs de lait, branche « lait » de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

Pour les 20 000 producteurs bretons, cette nouvelle baisse est inacceptable car elle intervient après neuf trimestres consécutifs de recul du prix et du revenu annuel, tombé selon Bernard Bourgeau de « 17 000 euros en 1998 à 12 300 euros en 2002, et peut-être 10 000 en 2003 ».

Les entreprises laitières transformatrices invoquent pour leur part le contexte international et l’abaissement programmé des aides européennes sur les produits industriels dans le cadre de la réforme de la Politique agricole commune. C’est ce qu’expliquent la Délégation Ouest de l’Union nationale des industries laitières (Unil-Ouest, organisme patronal regroupant les entreprises privées) et la Fédération nationale des coopératives laitières (syndicat professionnel patronal).

Le lait subit des transformations donnant naissance à des produits de grande consommation comme le lait stérilisé, les yaourts et des produits industriels (beurres sans marque, poudres diverses ou lactosérums utilisés pour l’alimentation animale).

Or, la réforme de la PAC prévoit un abaissement progressif, entre 2004 et 2006, des aides aux produits industriels. Les entreprises anticipent dès aujourd’hui la diminution du soutien de Bruxelles et veulent rattraper l’Allemagne et les Pays-Bas qui paient déjà moins cher le lait à leurs producteurs.

Si l’UE a prévu un garde-fou, une prime de compensation à verser aux éleveurs, elle ne couvre que partiellement la baisse souhaitée par les industriels et ne sera versée qu’au début de 2005. Dans ce conflit, le ministère de l’Agriculture a nommé la semaine dernière un médiateur, Georges Dutruc-Rosset, qui doit remettre prochainement son rapport au ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard.

Ce dernier tente, dans le même temps, de convaincre ses partenaires européens de la nécessité de réduire la production. Mais l’avenir de la production laitière reste opaque pour la majorité des producteurs qui, au-delà du prix, s’inquiètent de la pérennité de leurs exploitations à moyen terme.

« La crise actuelle signifie bien qu’on est à l’aube d’une nouvelle révolution agricole », résume Gilles Falc’hun, président de l’Unil-Ouest et PDG de la laiterie Sill (Finistère).

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)
http://www.fnsea.fr/

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