France : les éleveurs de l’Ouest bloquent les trains

Nantes/Quimper (France), 16 janvier 2002 – Le trafic ferroviaire a été assez perturbé une bonne partie de la journée de mercredi dans tout l’Ouest de la France, à l’occasion de plusieurs manifestations d’éleveurs à l’appel du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA) contre le plan d’aide du gouvernement à la filière bovine.

Ce n’est qu’à partir du milieu d’après-midi que le trafic a lentement commencé à reprendre, avec beaucoup de retards cependant affectant des milliers de passagers, notamment sur les liaisons TGV reliant Rennes et Nantes à la capitale.

Dans la Sarthe, les agriculteurs ont ainsi occupé plusieurs heures les voies des gares de Montfort-le-Gesnois et de Sablé, alors qu’une cinquantaine d’autres en ont fait de même entre Rennes et Paris à hauteur de Cesson-Sévigné (5km à l’est de Rennes). Les branchages qui obstruaient les voies ferrées ont été déblayées.

Même scénario pour une trentaine d’éleveurs qui ont bloqué la gare d’Ancenis (Loire-atlantique) et d’autres dans l’après-midi à Questembert (Morbihan) entre Quimper et Redon, où la Trésorerie a par ailleurs été murée. Enfin, ils étaient environ 150 à bloquer les voies à hauteur d’Olivet (Mayenne), près de Laval, en allumant un feu, selon Philippe Jehan du CNJA.

Dans les Pays de la Loire, ce sont plus de 20.000 voyageurs à bord de 80 trains qui ont souffert de retards allant jusqu’à quatre heures parfois, de déviations voire de suppressions de trains, d’après Yves Le Gall, de la direction régionale de la SNCF. En Bretagne, la SNCF a calculé qu’au moins trois TGV Paris-Rennes ont été supprimés, cinq autres ont été déviés et au moins une vingtaine d’autres liaisons Corail devaient subir des retards d’une heure et demie à trois heures jusqu’à 6h30 jeudi.

Pire, la SNCF a dénoncé un « acte de malveillance » commis à Tiercé, près d’Angers. Un train d’essai inspectant la voie a percuté à 15h45 un petit engin technique de la SNCF qui aurait été placé délibérément sur les rails, alors qu’un autre engin avait été placé sur une voie adjacente. Il n’y a pas eu de victimes.

Cet incident s’est déroulé près d’un barrage paysan installé dans la matinée et qui avait donné lieu à des heurts avec les forces de l’ordre. Le trafic a été perturbé en conséquence en direction de Paris, où les TGV comptaient au moins 20 minutes de retard.

« C’est un événement d’une exceptionnelle gravité », a commenté le PDG de la SNCF Louis Gallois sur RTL pour qui, « de manière volontaire ou inconsciente, on a mis en cause la vie des personnes, que ce soient des clients ou des agents de la SCNF ».

Revenant sur cette journée de manifestations, M. Gallois a dénoncé « le blocage en plusieurs endroits de tout le réseau atlantique vers Rennes et Nantes dans des conditions absolument inacceptables pour les voyageurs parce qu’ils ne sont pour rien dans cette affaire et qu’on les prend littéralement en otages ».

Ce « coup de gueule » paysan avait commencé à l’aube lorsque des manifestants avaient bloqué la voie Nantes-Paris à Savenières (Maine-et-Loire), interrompant le trafic ferroviaire entre 6h et 7h35. Trois TGV à destination de Paris avaient alors été détournés par Rennes, avant que d’autres opérations ne paralysent la région.

Le mouvement de colère des jeunes agriculteurs, soutenus par les branches régionales de la FNSEA (Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles), visait le plan d’aide annoncé le 7 janvier par le ministre de l’Agriculture Jean Glavany et d’un montant de 150 millions d’euros. Pour les éleveurs, ce n’est pas assez.

« Les mesures d’accompagnement, d’aides directes qui ne représentent réellement que 50,82 millions d’euros nouveaux sont insuffisantes », ont dénoncé les jeunes agriculteurs en rejetant « ce plan en trompe-l’oeil ». « Les critères d’attribution ont été faits à la tronçonneuse (…). Tout le monde a besoin d’aide », s’est insurgé Mickaël Trichet, un agriculteur militant à la FNSEA.

M. Glavany « nous promet 150 millions d’euros mais il y a seulement 50 millions de réellement nouveaux », a déploré Eric Trochon du CDJA-Sarthe. Ce chiffre ne correspond même pas aux pertes subies par les éleveurs de la seule région des Pays de la Loire, ont affirmé les manifestants de Loire-Atlantique.

« Ce sont des slogans mensongers », a contesté M. Glavany sur Europe-1. « J’ai annoncé un plan où les 150 millions d’euros sont des crédits nouveaux. Ce ne sont pas des crédits déjà affectés qui marquent la solidarité nationale à l’égard des éleveurs ». Selon lui, les manifestants de mercredi appartiennent à « une toute petite minorité qui n’est pas représentative ».

Outre ces blocages de voies ferrées dans l’Ouest, d’autres actions ont été organisées un peu partout en France, notamment dans la région Rhônes-Alpes et dans l’Est, dont la Meuse, la Meurthe-et-Moselle, les Vosges, les Ardennes et l’Aube.

Source : AP

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