Italie : le premier cas de Creutzfeldt-Jakob réveille la peur

Rome (Italie), 6 février 2002 – Le premier cas en Italie de la maladie de Creutzfeldt-Jakob dans sa variante dérivée de la maladie de la vache folle, diagnostiqué chez une jeune Sicilienne de 25 ans, a réveillé les peurs dans la péninsule qui se croyait à l’abri de ce fléau.

« Nous nous attendons à d’autre cas, même si, de toute évidence, nous espérons que notre prévision soit fausse », a ainsi déclaré mercredi le neurologue Federico Piccoli, en charge de la jeune femme malade.

« Nous devons malheureusement nous préparer au pire et c’est pourquoi nous essayons de comprendre, d’en savoir un peu plus sur cette maladie », a ajouté le médecin en précisant que sa patiente se rendrait très prochainement à l’Institut de neurologie de Londres pour subir des examens.

Elle reviendra ensuite rapidement en Italie pour poursuivre le traitement à base d’un produit que les experts britanniques sont en train d’expérimenter.

Le cas de la jeune Sicilienne a été révélé mardi par le ministère italien de la Santé qui a indiqué qu’« il s’agit du premier et unique cas identifié en Italie depuis la création en 1993 du registre national de l’Institut supérieur de la santé ».

Par rapport à d’autres pays européens où la variante animale de maladie de la vache folle a causé d’importants dégâts dans le cheptel bovin, l’Italie a été largement épargnée.

Seuls 53 cas ont été dépistés depuis le début de 2001, alors que plus de 540.000 tests ont été effectués sur des animaux adultes.

Mercredi les principaux responsables italiens sont montés au créneau pour endiguer un sentiment de peur exprimé notamment à travers les associations de consommateurs.

« Le cas sicilien fait peur, mais c’est une peur qui a trait au passé », a ainsi déclaré le ministre italien de la Santé Girolamo Sirchia.

Pour son collègue à l’Agriculture, Gianni Alemanno, le cas de la jeune femme malade « est un très laid héritage du passé » qui ne doit pas faire oublier que la situation est aujourd’hui beaucoup plus sûre.

« Aujourd’hui, la viande que les consommateurs ont sur leur table n’a rien à voir avec ce qui est arrivé à cette jeune femme. La viande n’a jamais été aussi sûre qu’aujourd’hui », a-t-il affirmé.

Il n’empêche que la nouvelle de la maladie de la jeune Sicilienne a fait l’effet d’une « douche froide » en Toscane, patrie du célèbre steak à l’os « Fiorentina », selon Paolo Soderi, boucher et secrétaire du syndicat des commerçants de Florence.

« Pour ce que nous savons de cette maladie, les temps d’incubation peuvent varier de 5 à 20 ans et il est légitime de s’attendre donc à de nouveaux cas dans les années à venir », a affirmé mercredi Adiconsum, une association de défense des consommateurs et de l’environnement, appelant le gouvernement à « intensifier les contrôles sur la nourriture des bovins et sur l’abattage ».

Le médecin traitant de la Sicilienne a estimé pour sa part que la période d’incubation ne dure pas plus de 7 ans et a exclu que la jeune femme ait pu contacter la maladie lors d’un séjour en France, il y a dix ans. « Malheureusement, c’est d’origine italienne », a-t-il dit concernant sa malade.

« Je préfère ne pas y penser. C’est trop tard maintenant, quand je me rappelle de tous ces steaks que l’on a mangés pendant toutes ces années, sans savoir ce qu’on avait dans l’assiette. Je suis convaincue que la viande est sûre maintenant, mais le coeur n’y est plus », dit Anna, une employée d’une cinquantaine d’années.

La crise de la vache folle qui a touché il y a quinze mois l’Union européenne avait provoqué en Italie aussi d’importantes chutes dans la consommation de la viande et le prix des bovins, plongeant toute la filière dans le déficit.

Source : AFP

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