Jacques Chirac affiche ses ambitions pour l’agriculture française d’après 2013

Murat (France), 21 octobre 2004 – Jacques Chirac a dévoilé les grandes lignes de la future loi d’orientation agricole qui doit « donner les moyens » à l’agriculture française de tenir son rang de première exportatrice mondiale après la renégociation de la PAC en 2013.

Le chef de l’Etat a exposé son projet « pour les vingt prochaines années » devant des agriculteurs et élus locaux rassemblés dans le gymnase de Murat (Cantal), en présence du ministre de l’Agriculture Hervé Gaymard et du président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) Jean-Michel Lemétayer. Il avait auparavant visité un élevage de broutards de race salers dans le petit village de Ségur-les-Villas, et une scierie à Murat.

La future loi, « qui sera déposée au Parlement avant l’été 2005 », doit préparer l’agriculture française aux défis à venir: émergence de nouveaux concurrents, marchés qui s’ouvrent en Inde ou en Chine, mais surtout réforme de la Politique agricole commune à partir de 2013. La France est la première bénéficiaire des aides européennes, subventions qui risquent fort de s’amoindrir à l’avenir.

Et pas question, dans ce contexte, de transformer les agriculteurs en « jardiniers de la nature », a averti Jacques Chirac. Première exportatrice mondiale de produits transformés, l’agriculture française doit rester « une activité productrice à part entière », compétitive. « La réforme de la PAC ne saurait déboucher sur une remise en cause des ambitions agricoles de la France et de l’Europe », a prévenu l’ancien ministre de l’Agriculture.

Mais pour cela, « il faut se donner les moyens d’agir ». Jacques Chirac a donc annoncé « l’élimination progressive » de la taxe sur le foncier non bâti pour les agriculteurs. Cette taxe rapporte chaque année quelque 800 millions d’euros, reversés essentiellement aux communes.

Cette réforme devra se faire « en concertation » avec les représentants des collectivités territoriales et « préserver » leurs ressources propres, a-t-il précisé, anticipant une levée de boucliers parmi des élus locaux qui se plaignent déjà de transferts de charges importants de l’Etat.

La future loi d’orientation devra aussi prévoir un « doublement des crédits à l’exportation », déjà en vigueur dans le secteur viticole, pour l’ensemble de la filière agro-alimentaire.

« Ne nous trompons pas de débat: ce qu’il faut, c’est agir en priorité pour l’exportation », a remarqué au passage Jacques Chirac dans une allusion au débat sur le vin qui a secoué ces derniers jours la classe politique après le vote d’un amendement modifiant la loi Evin.

Le président a également appelé les paysans à investir davantage dans les filières de qualité (AOC, labels, agriculture biologique), à « tripler » la production de biocarburants d’ici 2007, mais aussi à développer les nouvelles technologies. Il a ainsi annoncé que le gouvernement préparait un projet de loi pour « fixer un cadre clair » pour les recherches, très contestées, sur les organismes génétiquement modifiés (OGM).

« Nous devons aborder cette question avec objectivité, raison, et sans a priori ni passion déplacée », a-t-il souhaité. « L’amélioration génétique a toujours été au coeur des progrès agricoles (…) Pourquoi devrait-on renoncer aux espoirs que (les OGM) font naître? ». Toutefois, il faut « être extrêmement vigilant. Il faut savoir évaluer, sélectionner, expérimenter, autoriser ou interdire, et contrôler ».

En contrepartie de leurs efforts, le projet de loi d’orientation doit aussi améliorer la qualité de vie des agriculteurs. Jacques Chirac a ainsi suggéré d’agir sur leur temps de travail, de « réévaluer » la politique d’aide à l’installation, et de promouvoir un « programme ambitieux », bénéficiant du soutien de fonds publics, de développement des assurances contre les risques climatiques, sanitaires ou les fluctuations de prix.

Il a aussi déploré que « la valeur ajoutée créée au sein des filières agricoles » soit « trop souvent confisquée par les entreprises et les distributeurs ». Mais une réforme de la loi Galland de 1996, qui régit les liens entre producteurs et grande distribution, ne doit pas « aboutir à une guerre des prix destructrice », a-t-il mis en garde. Elle « ne prend son sens que si elle s’insère dans un programme concerté de modernisation du commerce et de valorisation des PME », a estimé Jacques Chirac. A charge pour le ministre de l’Economie Nicolas Sarkozy, promoteur de cette réforme, de prendre acte du message présidentiel.

Source : AP

Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA)
http://www.fnsea.fr/

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