Jacques Chirac prend une initiative pour le développement agricole de l’Afrique

Paris (France), 21 février 2003 – Jacques Chirac a annoncé au 22e sommet France–Afrique une initiative visant à imposer aux pays riches un moratoire sur les « aides aux exportations agricoles déstabilisantes » à destination du continent noir.

Cette mesure sera soumise par la France au prochain sommet du G8 et aux négociations à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) pour assurer aux produits africains un accès « pérenne et privilégié » aux marchés des pays développés pendant les 10 prochaines années.

Jacques Chirac, qui recevra début juin à Evian les chefs d’Etat et de gouvernement du G8, entend se faire « l’avocat inlassable de l’Afrique dans toutes les enceintes internationales ». Le président français a donc préparé avec son représentant personnel pour la préparation du sommet d’Evian, l’ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI) Michel Camdessus, une série de propositions pour relancer l’agriculture africaine.

L’enjeu est énorme: « assurer à tous une alimentation suffisante », « arracher à la pauvreté les populations rurales » et « augmenter les recettes d’exportations » des pays africains, a expliqué M. Chirac.

La mesure la plus spectaculaire est la proposition d’un moratoire sur les subventions aux exportations agricoles déstabilisantes. Régulièrement, les pays riches inondent les marchés africains de produits agricoles subventionnés à bas prix, qui découragent les productions locales.

En plus des aides aux exportations, ce moratoire « s’appliquerait aussi à l’aide alimentaire utilisée à des fins commerciales ainsi qu’aux crédits privilégiés à l’exportation ».

Le moratoire serait en vigueur pendant la durée du nouveau cycle de négociations commerciales multilatérales dans le cadre de l’OMC. Ce cycle ouvert en novembre 2001 à Doha (Qatar) doit théoriquement s’achever le 1e janvier 2005.

Jacques Chirac s’est par ailleurs engagé à défendre « un traitement commercial spécial et privilégié » pour l’Afrique dans le cadre de l’OMC. Dans cet esprit, il a suggéré que les pays développés « créent pour chaque pays d’Afrique un régime commun et unique par alignement sur le régime le plus favorable ».

Le président français a jugé enfin nécessaire de « rouvrir » le chantier du prix des matières premières, dont la baisse depuis 30 ans représente « une perte égale à la moitié de l’aide au développement » perçue par les pays africains. Dix–sept pays d’Afrique sub–saharienne dépendent des produits de base pour plus de 75% de leurs exportations.

Dans cette optique, Jacques Chirac a suggéré « d’adapter le traitement de la dette des pays pauvres en fonction de l’évolution du cours des matières premières » et de réfléchir aux moyens d’importer une partie des productions africaines « à des prix garantis ».

Autant de propositions iconoclastes qui ne manqueront pas de susciter de fortes résistances de la part des Etats–Unis à un moment où les relations entre Paris et Washington sont particulièrement tendues en raison de la crise irakienne. Au sein de l’OMC, l’administration Bush et les 18 pays du « groupe de Cairns » militent pour une libéralisation maximale des marchés agricoles.

« L’affirmation justifiée que le libéralisme est mondial et que la mondialisation impose un traitement égal de tous par rapport aux règles économiques (…) comporte des limites », a répliqué vendredi Jacques Chirac, en reconnaissant le caractère « particulièrement polémique » de ses propositions.

« On n’a pas la pierre philosophale, mais on demande qu’on s’y colle ensemble », explique–t–on dans l’entourage du président français.

Source : AP

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