Kyoto : les OGM s’invitent dans les négociations climatiques

Milan (Italie), 9 décembre 2003 – Les organismes génétiquement modifiés ont fait une incursion remarquée à Milan dans des négociations de l’ONU sur le changement climatique, destinées à définir les dernières règles d’application du protocole de Kyoto.

Après vingt quatre heures de marathon, Européens, pays extra-européens et G-77 (pays en développement) ont convenu que les arbres transgéniques et les espèces d’arbres non endémiques pouvant devenir « envahissantes » pourraient être incluses dans des plantations forestières destinées à augmenter le stockage des gaz à effet de serre.

Toutefois, indique le préambule de l’accord, les pays où seront faites ces plantations, devront « évaluer, dans le cadre de leur législation, les risques potentiels associés à l’usage des OGM » et des « espèces non endémiques potentiellement envahissantes ».

Le compromis, qui était en cours d’adoption formelle mardi soir, était vivement souhaité par les Quinze dont une majorité était hostile à l’inclusion des OGM et des espèces envahissantes. Selon eux, un blocage aurait donné des arguments aux adversaires du protocole en Russie.

Ce pays hésite à ratifier Kyoto, un accord imposant aux pays industriels des réductions de CO2 et autres gaz à effet de serre. Le feu vert de Moscou conditionne l’entrée en vigueur du protocole en raison de ses règles de ratification.

Le ministre italien de l’Environnement, Altero Matteoli, s’est aussitôt félicité du compromis, affirmant que « le risque d’avoir des forêts OGM est très limité ».

« L’accord n’est pas bon », a expliqué un expert de Greenpeace, « mais dans la conjoncture actuelle, l’essentiel était de finir les négociations pour faciliter une ratification russe ».

Dans un communiqué très modéré, les grands réseaux écologistes ont simplement « regretté que l’accord n’exclut pas les monocultures forestières et les OGM ».

L’inclusion des OGM était poussée notamment par les « gros utilisateurs » de ces substances, Canada, Argentine et Chine, selon l’écologiste Steven Guilbeault (Greenpeace). Les Etats-Unis, principal producteur d’OGM, qui ont rejeté Kyoto, étaient officiellement observateurs aux négociations.

Les arbres ont pour propriété de stocker des gaz à effet de serre lorsqu’ils sont en croissance, puis de les rejeter dans l’atmosphère.

Les tractations portaient sur les règles de comptabilité de ce stockage dans les projets d’investissements forestiers des pays du Nord dans les pays du Sud.

Un mécanisme du protocole autorise les pays industriels à faire des investissements « propres » au Sud et à comptabiliser à leur profit les émissions de gaz à effet de serre qui auront été évitées ainsi à l’atmosphère.

L’inclusion de projets de boisement et de reboisement dans ce « Mécanisme de développement propre » (MDP, CDM en anglais) avait été décidée en 2001, peu après la décision du président George W. Bush de ne pas ratifier le protocole.

Le compromis conclu mardi prévoit que les projets de boisement et de reboisement auront une durée comprise entre 20 et 60 ans.

Un système de « crédits temporaires » permettra d’éviter que les investisseurs continuent à bénéficier de crédits d’émission de CO2 alors que leur forêt aurait disparu dans un incendie. Ces crédits seront renouvelables par périodes de cinq ans, durant lesquelles les investisseurs devront prouver que leurs forêts stockent toujours des gaz à effet de serre.

Une procédure de validation accélérée est prévue pour les petits projets forestiers qui stockeront « moins de 8 kilotonnes de CO2 par an ».

Source : AFP

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