La colère gronde dans les campagnes face aux abattages massifs

Londres (Grande-Bretagne), 16 mars 2001 – La colère gronde dans les campagnes britanniques, où des éleveurs ont menacé de s’opposer à l’abattage préventif de centaines de milliers d’animaux, une mesure désespérée du gouvernement pour endiguer l’épizootie de fièvre aphteuse.

« Nous n’allons pas rester assis et assister à l’abattage de centaines de milliers d’animaux », a mis en garde vendredi un coordinateur régional de l’association Farmers For Action pour le nord-est de l’Angleterre, Andrew Spence.

« S’il est démontré que mes bêtes ont la fièvre aphteuse, je les tuerai moi-même, a-t-il déclaré à la radio BBC. Mais je ne vais pas les laisser abattre pour rien ». « Si nous devons nous barricader dans nos fermes, nous le ferons », a-t-il ajouté, menaçant le gouvernement d’une véritable « révolte rurale ».

Fermier du comté de Cumbria (nord-ouest), Maurice Bowman a un fusil mais jure qu’il ne s’en servira pas lorsque les spécialistes du ministère de l’Agriculture (MAFF) viendront pour tuer ses bêtes. Pourtant, il ne les laissera pas faire.

« Je serai poli et laisserai mon fusil au ratelier, a-t-il assuré dans un entretien publié vendredi par l’Independent. Mais je ne suis pas sûr que les autres (éleveurs) feront preuve d’autant de retenue ».

« Il y a des limites jusqu’où vous pouvez pousser les gens… Et j’ai bien peur que nous soyons en train de craquer », a-t-il poursuivi.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que les mesures drastiques du MAFF ne font pas l’unanimité dans les campagnes, où des bûchers brûlent jour et nuit pour se débarrasser de dizaines de milliers de carcasses.

L’épizootie, dont les premiers signes ont été détectés le 19 février dans une exploitation du sud-est de l’Angleterre, ne donne aucun signe de fléchissement et 256 foyers infectieux étaient dénombrés vendredi matin. Les abattages préventifs vont se multiplier et avec eux les risques de conflit entre éleveurs et autorités.

Le président du principal syndicat agricole NFU (National Farmers’ Union), Ben Gill, a affirmé vendredi que l’agriculture britannique était confrontée à des « mois de torture », ajoutant qu’il demanderait au gouvernement des centaines de millions de livres de compensation.

Le ministre britannique de l’Agriculture Nick Brown a annoncé jeudi l’intensification des mesures d’abattage préventif de bétail pour tenter d’endiguer l’épizootie de fièvre aphteuse au Royaume-Uni.

« Nous intensifions l’abattage d’animaux à risque dans les parties du pays (…) où la maladie s’est propagée », a déclaré M. Brown lors d’une intervention aux Communes, au cours de laquelle il a exposé sa « politique de priorité à la sécurité ».

Tous les moutons et cochons non atteints par la maladie mais situés dans un rayon de 3 km autour de foyers infectés dans les régions de Cumbria, Dumfries et Galloway (Ecosse) vont être abattus à titre préventif, a précisé l’expert-vétérinaire du gouvernement, Jim Scudamore.

« C’est terrible mais nécessaire, a estimé Ben Gill. Il va y avoir des larmes dans toute la campagne britannique. A l’orée du printemps, nos fermes devraient résonner des cris des agneaux et veaux naissants. Au lieu de ça, c’est la mort qui frappe ».

Le nombre d’animaux susceptibles d’être sacrifiés est « phénoménal », a indiqué un responsable du NFU au quotidien The Independent. « Même le chiffre d’un million pourrait se révéler une estimation minimale », a ajouté cette source sous couvert de l’anonymat.

Source : AFP

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