Les temps sont durs pour la production porcine

Malgré tout, le président des Éleveurs de porcs reste optimiste

Plusieurs défis jettent de l’ombre sur la production porcine en ce moment. Le nombre de porcs en attente atteint des sommets malgré des mesures pour les écouler. Les prix du maïs et du soya sont aussi à des niveaux très élevés, ce qui a un impact important sur le coût de production.

De surcroît, le dossier du manque de main d’œuvre dans le secteur de la transformation nuit à la filière. Malgré tout, le président des Éleveurs de porcs du Québec, David Duval ne se décourage pas.

« Il faut toujours regarder les bons côtés dans ces moments-là et le bon côté, c’est qu’on est en hiver », dit David Duval. Sans les canicules d’été, c’est plus facile de gérer des porcs plus lourds et plus nombreux dans les bâtiments. Il y a moins de risques de détresse pour les animaux. « On arrive quand même à gérer tout cela avec un bien-être animal pas optimisé, mais quand même convenable dans les circonstances », ajoute-t-il.

Les chiffres

En date de vendredi dernier, le nombre de porcs en attente a atteint 143 179. Une semaine plus tôt, ce nombre était de 136 361. Les porcs en attente sont les porcs annoncés par les producteurs qui ne peuvent être abattus. Il faut ajouter à cela les porcs reportés, c’est-à-dire des porcs qui sont au début de la strate de poids, mais qui ne sont pas annoncés.

Le poids des porcs est lui aussi à la hausse. Pour la semaine d’abattage se terminant le 16 janvier, le poids moyen des porcs Qualité Québec et Olymel Plus a augmenté pour se situer, respectivement à 123,1 kg et 124,9 kg. La semaine précédente, il était de 122,7 kg et 124,5 kg, et la semaine d’avant, 121,9 kg et 123,3 kg.

Selon David Duval, ces augmentations hebdomadaires tirent à leur fin. Même avant la COVID-19 qui a limité les abattages, il y a toujours des augmentations de porcs en attente en janvier, en raison des journées fériées dans les usines durant le temps des fêtes.

Moyens préconisés

Pour diminuer ces nombres, les Éleveurs de porcs ont été solidaires. Ils ont annoncé et envoyé à l’abattoir seulement les porcs les plus gros. De plus, des porcs de l’Ontario normalement abattus au Québec sont détournés vers l’Ouest canadien et les États-Unis. De 20 à 25 000 porcelets du Québec ont aussi été vendus aux États-Unis.

David Duval voit la lumière au bout du tunnel avec les mesures qui ont été mises en place. L’objectif est que le nombre de porcs en attente et ceux reportés soit diminué au maximum d’ici la Saint-Jean-Baptiste, en juin, soit avant les canicules de l’été.

Conséquences

Le fait que les producteurs doivent garder des porcs plus lourds en plus grand nombre cause des casse-tête. « Je dirais que la principale problématique en est une de logistique au niveau des déplacements, dit David Duval. Il n’y a pas d’animaux qui souffrent. »

Habituellement, les producteurs vident un bâtiment au complet, lavent, puis désinfectent avant de remplir à nouveau. Ce qui se passe actuellement, c’est que les porcs plus lourds sont regroupés dans une salle et le bâtiment est lavé partiellement. Les plus jeunes cochons sont regroupés avant que les plus vieux puissent quitter le bâtiment. Certains éleveurs déplacent davantage leurs animaux pour libérer de l’espace. D’autres encore ne lavent plus leurs porcheries. Tout cela est source de stress, autant pour les humains que les animaux.

Est-ce que cette problématique a un lien avec l’augmentation actuelle du nombre de cas de SRRP au Québec ? « C’est difficile à dire », dit David Duval. Le vétérinaire François Cardinal traitera de la question le 9 février prochain lors de la Conférence du Réseau Santé Sud-Ouest. Cet événement sera suivi de la Soirée Techni Porc.

Grains

Comme si ce n’était pas assez, les prix élevés des grains affectent le coût de production des porcs. L’impact est double puisque les porcs plus lourds mangent beaucoup plus: il faut 65 kg de plus pour nourrir un porc. Incluant les autres frais, il en coûte 26$ de plus par porc en coûts de production.

Les Éleveurs de porcs sont en discussion avec la Financière agricole pour aider financièrement ses membres. Les discussions sont au niveau embryonnaire. David Duval explique que le processus de l’ASRA est assez long ce qui peut prendre quelques mois.

Autre dossier

Outre cette crise à gérer, le grand dossier qui préoccupe David Duval, c’est celui de la main d’œuvre. La production porcine est très dépendante de la capacité d’abattage. Il manque actuellement de main d’œuvre dans ce secteur au Québec. Le souhait de David Duval, c’est que ce secteur puisse bénéficier de programmes d’embauche de main d’œuvre étrangère, comme pour les entreprises agricoles. Ça fait déjà 5 ans qu’il y travaille. « C’est le gros sujet de discussions », dit-il à propos des rencontres qu’il a avec le ministre de l’Agriculture, André Lamontagne. La conséquence actuellement, c’est que de l’argent est laissé sur la table en ne faisant pas autant de découpes que nous pourrions faire. Les usines sont là. Il ne reste qu’à les utiliser à leur plein potentiel. »

 

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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