La fièvre aphteuse ébranle la percée du porc français au Japon

Tokyo (Japon), 15 mars 2001 – La décision du Japon de suspendre les importations de porc en provenance de France à cause de la fièvre aphteuse est un coup dur pour les exportateurs français, qui avaient réussi une véritable percée depuis trois ans.

« Le porc français au Japon est une véritable “success-story”. Il serait dommage qu’elle soit remise en cause avec cette épizootie », explique Jean-Charles Croin, directeur de la Sopexa, l’organisme de promotion des produits alimentaires français, à Tokyo.

Le ministère japonais de l’Agriculture a annoncé mercredi « la suspension totale des importations d’animaux à sabots fendus après avoir reçu confirmation d’un cas de fièvre aphteuse en France ».

La viande porcine française était quasiment inexistante sur les tables nippones il y a trois ans. Mais, en 2000, 22.405 tonnes congelées, soit plus du double de 1999, ont été importées par bateau par le Japon, selon les douanes nippones. Leur facture s’est élevée à 11,8 milliards de yens (110 millions d’euros).

Même si elle reste loin du Danemark et des Etats-Unis, la France s’est ainsi hissée au cinquième rang des fournisseurs du Japon, premier pays importateur de viande porcine au monde, avec 651.000 tonnes l’an dernier.

Parallèlement, le porc est devenu le quatrième produit d’exportation agro-alimentaire français au Japon derrière, notamment, le vin et l’eau minérale.

Cette explosion des ventes, qui était potentielle depuis l’ouverture du marché japonais en 1993, s’explique en partie… par la fièvre aphteuse.

Le Japon a en effet fermé ses frontières à la viande en provenance de Taïwan en 1998 puis de Corée du Sud l’année suivante car une forte épizootie s’était déclarée dans les deux pays. Avec les Etats-Unis et le Mexique, la France a profité de l’appel d’air créé par ce brusque arrêt.

Dans le même temps, les professionnels français de la filière « ont engagé de très importants investissements pour percer au Japon et en Corée du Sud », explique M. Croin. Plusieurs sociétés, comme Socopa et Coperl, ont ainsi aménagé des unités en France spécialisées dans la découpe de la viande telle que l’exigent les clients asiatiques.

En Corée du Sud, pays qui a également fermé ses frontières à la viande européenne, les sociétés françaises ont ainsi conquis une part du marché à l’importation de près de 20%.

Les professionnels craignent que l’épizootie de fièvre aphteuse ne stoppe net cette percée. « Au Japon, il est long et difficile de se faire une place au soleil. La retrouver va nous demander beaucoup d’efforts », souligne un exportateur.

« Tout dépend de la durée de l’interdiction », indique M. Croin. « Mais, heureusement, le porc français bénéficie d’une forte image de qualité. Les importateurs vont donc sans doute rester fidèles », ajoute-t-il.

En attendant, les images des bûchers d’animaux, nombreuses dans les médias japonais, inquiètent les consommateurs, déjà alertés par la maladie de la vache folle. « Ma femme a arrêté de choisir de la viande étrangère dans les supermarchés. Elle n’achète plus que japonais, même si c’est souvent plus cher », témoigne Yujiro Izumi, membre d’une association pour la promotion d’une alimentation saine.

Source : AFP

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