La production d’éthanol pourrait accroître l’inflation

Toronto (Ontario), 22 octobre 2007 – Selon un nouveau rapport de Marchés mondiaux CIBC, la politique américaine préconisant l’augmentation de la proportion d’éthanol qui entre dans les réservoirs d’essence au pays et visant à accroître l’autosuffisance énergétique pourrait bien avoir peu d’incidence, si ce n’est la hausse vertigineuse des prix des aliments.

Le rapport révèle que, pour atteindre l’objectif de la politique, soitune augmentation importante de la production américaine d’éthanol afin deréduire la dépendance à l’égard du pétrole importé, le gouvernement fédéral etles gouvernements des Etats accordent d’énormes subventions aux producteursd’éthanol pour leur permettre d’accroître leur capacité, et aux producteurs demais qui doivent fournir les récoltes nécessaires pour fabriquer l’éthanol. Cedétournement d’une proportion sans cesse croissante des récoltes de maisdestinées à l’alimentation humaine et du bétail vers la production énergétiqueexerce d’immenses et constantes tensions sur les prix des aliments.

« Le détournement du mais de son rôle d’aliment vers celui de carburantprésente, au mieux, un bilan énergétique net douteux, mais son incidence surle prix des aliments, qui est déjà importante, ne peut qu’augmenter avec letemps », affirme Jeff Rubin, économiste en chef et stratège en chef de Marchésmondiaux CIBC. « Puisque la pondération de l’alimentation dans l’IPC correspondà plus du double de celle de l’énergie, la réaction des politiciens aux prixrecords du pétrole pourrait être plus inflationniste que le prix du pétrolelui-même. »

« Au cours des deux dernières années, le prix du mais a bondi de 60 pourcent. Cette montée en flèche se répercute non seulement sur les aliments pouranimaux et sur les aliments à base de mais, comme les tortillas, maiségalement sur le prix des céréales, les fermiers se bousculant pour accroîtreleur production de mais aux dépens des autres récoltes. Le prix des céréales aatteint des sommets inégalés tandis que les stocks à l’échelle mondialecontinuent de diminuer à des bas niveaux encore jamais vus. »

L’éthanol est utilisé comme additif à l’essence et peut représenterjusqu’à 10 pour cent du mélange combustible destiné aux automobiles normales.Quatre-vingt-quinze pour cent de l’éthanol produit aux Etats-Unis résulte dela distillation du mais. L’administration américaine vise augmenter laproduction d’éthanol du niveau auquel elle se situait en l’an 2000, soitenviron un milliard de gallons par année, à 35 milliards de gallons par annéed’ici 2017.

M. Rubin remarque que, pour atteindre ces objectifs, d’énormessubventions seront requises, puisque la production d’éthanol à base de maisn’est tout simplement pas efficiente d’un point de vue économique, même si lebaril de pétrole coûtait 100 dollars, principalement en raison de l’incroyablequantité d’énergie requise pour cultiver et récolter le mais, l’acheminer auxdistillateurs, transformer la semoule de mais moulu en éthanol pardistillation et ensuite transporter ce dernier par camion et par trainjusqu’aux consommateurs partout au pays. Il est essentiel d’avoir recours àces modes de transport plus coûteux parce que l’éthanol ne peut être acheminéau moyen des pipelines conventionnels.

En 2006, les subventions de l’ordre de 8 milliards de dollars ont stimuléle secteur, la production de l’éthanol ayant atteint six milliards de gallonspar année au milieu de 2007. Etant donné ce taux de croissance, Marchésmondiaux CIBC prévoit que l’administration américaine aura atteint le niveaucible de production d’ici 2012, soit cinq ans plus tôt que selon l’objectifinitial.

Cependant, la banque croit que ce détournement rapide d’un aliment versun carburant exercera des tensions inflationnistes accrues sur le prix desaliments. « Nous prévoyons que, d’ici la fin de l’an prochain, le tauxd’inflation du prix des aliments se situera bien au-delà de cinq pour cent »,ajoute M. Rubin. « En 2009, quand la production d’éthanol aura atteint neufmilliards de gallons, le taux d’inflation des prix des aliments avoisinerasept pour cent, son niveau le plus élevé des 25 dernières années. »

Selon M. Rubin, l’alimentation, bien que représentant moins de 15 pourcent de l’indice des prix à la consommation, est l’un des secteurs de lademande des consommateurs pour lequel il est le plus difficile de trouver unsubstitut. Pour les Américains à faible revenu, le coûts des alimentsreprésente près de 40 pour cent de leur budget mensuel.

M. Rubin croit que, si l’on compare les énormes investissements et lessubventions avec l’incidence de la montée en flèche des prix des aliments, lebilan énergétique net de la politique intérieure américaine sur l’éthanol estdérisoire. « Des études récentes indiquent que le bilan énergétique net del’éthanol à base de mais est de 25 pour cent seulement par rapport à l’énergierequise pour le produire. En comparaison, l’éthanol brésilien, qui estfabriqué à partir de canne à sucre, constitue une augmentation en énergie de90 %, et la production d’un gallon d’éthanol pur requiert 30 % moins d’énergieque celle d’un gallon d’essence. »

Il ajoute que, même si le niveau cible de production d’éthanol del’administration américaine, qui est de 35 milliards de gallons, est atteint,l’incidence sur l’autonomie énergétique des Etats-Unis sera négligeable. Lemais cultivé aux fins de la production d’éthanol représente 13,5 pour cent detoute la production de mais des Etats-Unis, et fournit approximativement6,2 milliards de gallons d’éthanol, soit une réduction de la consommationaméricaine d’essence de seulement un point de pourcentage. Même si les Etats-Unis atteignaient la cible fixée par le président Bush de 35 milliards degallons en 2017, la réduction en termes de consommation d’essence ne seraitque de 6,5 pour cent, selon les estimations.

« Il est évident que l’éthanol présente certains avantages, mais seulementpour ceux qui cultivent le mais et le distillent en alcool », affirme M. Rubin.« Le coût de cette politique est énorme et augmente avec chaque gallond’éthanol produit. La politique d’énergie renouvelable du président Bush nefait qu’attiser l’inflation. »

Vous pouvez consulter le rapport intégral de Marchés mondiaux CIBC à :http://research.cibcwm.com/economic_public/download/soct07.pdf.

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Site(s) extérieur(s) cité(s) dans cet article :

Banque CIBC
http://www.cibc.com/francais/

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