La sclérotinia anéantit le soya

Pourriture sclérotique dans un champ de soya. PHOTO : Brigitte Duval, MAPAQ

Pourriture sclérotique dans un champ de soya. PHOTO : Brigitte Duval, MAPAQ – Iriis Phytoprotection

Il y a un peu de pourriture blanche dans votre soya? Si vous n’êtes pas en Mauricie, vous n’avez rien vu! Cette année, la sclérotinia frappe fort, au point d’anéantir des récoltes.

« Sur la rive sud, certains producteurs ont de la pourriture blanche et réussissent quand même à récolter une tonne à l’acre. Ici, je vois des champs où il n’y aura aucun rendement », a indiqué au Bulletin.com Annie DesRosiers, agronome et représentante Pioneer à Louiseville.

La région de Joliette s’en tire relativement bien, rapporte Annie DesRosiers. Par contre, dès qu’on se dirige vers l’est, la situation s’aggrave.

La météo est le principal facteur derrière ce problème phytosanitaire. À partir de la mi-mai, la saison a été humide et rarement très chaude. La sclérotinia a profité de conditions idéales pour se développer : des températures de 24 à 25 degrés C et un taux d’humidité de 100 %.

Cette année, il n’est pas rare que la rosée soit restée jusqu’à midi ou 13 h dans les champs, selon Annie DesRosiers. « Pour circuler dans les champs, je devais garder mes pantalons imperméables! »

Les semis en rangs rapprochés (7 po ou 15 po) contribuent aussi à conserver l’humidité et créer des conditions idéales pour la pourriture blanche. Les rangs aux 30 pouces, ou les rangs jumelés espacés de 20 po favoriseraient une meilleure circulation de l’air.

Éviter l’azote

Agronome chez Pioneer du côté de la Montérégie-Ouest, Marie-Eve Rheault croit que la pratique de fertiliser le soya à l’azote aggrave le problème. « De façon générale, il n’est pas recommandé de mettre de l’azote dans le soya, dit-elle. Les plants s’en servent pour faire beaucoup de feuillage. Les champs sont beaux, mais il n’y a pas nécessairement plus de gousses. »

Peu importe la région, l’inoculum est présent dans le sol et il n’attend que les bonnes conditions pour infecter les plants de soya, en s’infiltrant dans les fleurs. Certains fongicides sont homologués, mais leur efficacité reste à démontrer, puisque la floraison se poursuit sur plus de trois semaines.

« Il y a beaucoup d’essais cette année avec des fongicides, rapporte Annie DesRosiers. Le moment de l’application est très important et ce n’est probablement pas une seule application qui fera la différence. »

La sclérotinia est une maladie très complexe, ajoute-t-elle. Cette année, par exemple, les champs semés tôt sont les plus touchés. Ç’aurait pu être tout à fait le contraire. D’un champ à l’autre, souvent avec la même variété, l’ampleur de l’infestation varie beaucoup.

L’industrie mise beaucoup sur la génétique, pour que les variétés de soya soient de plus en plus résistantes à la pourriture blanche. « Au Québec, ça faisait trois ans qu’on n’avait pas de sclérotinia. Si c’est chaud et sec en juillet, il n’y a pas de problème. Mais cette année, on voit bien que les variétés les plus tolérantes à cette maladie et qui ont une bonne tenue s’en tirent mieux. »

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