L’agriculture bio française progresse, mais ne satisfait pas la demande

Paris (France), 27 février 2003 – L’agriculture biologique française a augmenté l’an dernier ses surfaces de 21%, passant le cap des 500 000 hectares, mais la production ne satisfait pas encore la demande, et la moitié du « bio » consommé en France est importé.

Avec 1,7% des surfaces agricoles, l’agriculture biologique française est à la traîne de ses voisins européens, comme l’Italie (10% de surfaces bio), qui s’est propulsée au premier rang devant l’Allemagne et l’Autriche grâce à une politique de soutien volontariste, selon les chiffres publiés jeudi au Salon de l’agriculture par les professionnels.

Pourtant, la demande est florissante. Le consommateur français, perturbé par la crise de la vache folle, n’a jamais consommé autant de bio: + 19% entre 2000 et 2001.

L’agriculture biologique, garantie par le logo « AB », n’utilise pas de produits chimiques de synthèse et est exempte d’OGM (organismes génétiquement modifiés).

65% des consommateurs la choisissent pour la santé et 59% sont motivés par la qualité et le goût, selon une enquête récente de l’Institut national de la recherche agonomique.

Il y a belle lurette que la gastronomie bio ne se résume plus à la soupe d’ortie et au tartare d’algue, comme l’attestent les restaurants bio du Salon, où on peut déguster onglet à l’échalote et tête de veau bio.

La production biologique française a augmenté: les surfaces ont été multipliées par 2,5 depuis 1997. Mais le rythme s’infléchit. Les conversions d’agriculteurs traditionnels au bio se ralentissent.

En 2002, le nombre d’agriculteurs bio a progressé de seulement 8%fin 2002), contre 12% en 2001 et 14% en 2000. 800 exploitations biologiques ont vu le jour l’an dernier, alors que le plan de développement adopté en 1997 prévoit 2.000 créations par an.

« Les agriculteurs manquent de visibilité pour s’engager dans le bio, certains se sont lancés trop vite et ont du mal, faute d’accompagnement technique », explique Etienne Gangneron, des Chambres d’agriculture.

Les aides publiques manquent de cohérence. Lancés en 1999, les « CTE » (contrats territoriaux d’exploitation) ont été stoppés net en août, alors qu’ils venaient à peine de démarrer. Ils doivent être remplacés par des « CAD », contrats d’agriculture durable, dont le contenu précis n’est pas encore connu.

« On risque de casser une dynamique », craint Benoit Canis, vice–président de la Fédération nationale de l’agriculture biologique. La FNAB regarde avec envie le Danemark, où la moitié des aides agro–environnementales va à l’agriculture bio (contre 1,4% en France, 6% en Allemagne et 25% en Suède).

La petite filière bio française est vulnérable aux à–coups. Ainsi, des producteurs de lait convertis en nombre au bio se sont retrouvés l’an dernier avec des tonnes de lait sur les bras, alors que la France importait encore d’Allemagne et d’Autriche.

Des producteurs de viande bio ont dû vendre dans la filière « non bio », alors que le consommateur cherchait en vain du steack bio dans les magasins. Une filière de transformation insuffisante constitue un « goulet d’étranglement », selon Benoît Canis. Et la grande distribution, qui s’était jetée sur la viande bio après la crise de la vache folle, n’a pas toujours maintenu ses commandes.

« Tant qu’elle n’atteint 5% des surfaces, la filière ne peut pas être autonome », estime Benoit Canis. En Allemagne, on en est déjà à viser 20% des terres biologiques en 2010.

Source : AFP

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