L’Argentine admet l’existence de nouveaux foyers de fièvre aphteuse

Buenos Aires (Argentine), 15 mars 2001 – L’Argentine a reconnu officiellement jeudi l’existence de nouveaux foyers de fièvre aphteuse et le gouvernement se voit reprocher d’avoir occulté la maladie afin de préserver les marchés de la viande à l’exportation.

L’institut argentin de la santé animale (SENASA) a fait état, dans un communiqué, de l’existence de deux nouveaux foyers de fièvre aphteuse dans la localité de Union (centre) et dans le district de Chapaleufu (ouest), sans préciser le nombre de têtes de bétail touchées.

L’Argentine avait admis pour la première fois mardi la présence de la maladie dans le pays, avec un foyer à Rivadavia (province de Buenos Aires, à 400 km à l’ouest de la capitale).

Le directeur du SENASA, Marcelo de la Sota, a fait état jeudi de l’éventualité de nouveaux foyers, déclarant à l’AFP qu’il y avait « un soupçon » dans la province de Santa Fe (centre-est) et que cela « sera confirmé vendredi en fonction des résultats des examens de laboratoires ».

M. de la Sota, qui participait à une réunion de la Commission sud-américaine pour la lutte contre la fièvre aphteuse (Panaftosa) à Asuncion, au Paraguay, a en outre écarté l’éventualité d’un abattage des animaux, en tout cas dans la province de Buenos Aires.

« C’est une région de grande densité d’élevage, ce qui nous empêche, pour une question technique et économique, de procéder au sacrifice des animaux », a-t-il dit.

L’Union européenne, les Etats-Unis, le Canada, le Chili et le Brésil ont annoncé la suspension de leurs importations de viande argentine, d’autres pays, comme Israël, renforçant les contrôles sanitaires à leurs frontières.

Les syndicats agricoles avaient informé les autorités, en août dernier, de cas présumés de fièvre aphteuse dus à l’entrée sur le territoire argentin de bétail de contrebande venant du Paraguay.

Mais le gouvernement du président Fernando de la Rua a systématiquement nié ces derniers mois la présence de la maladie.

L’Argentine avait récupéré en mai dernier, pour la première fois depuis 40 ans, le statut de pays exempt de fièvre aphteuse sans vaccination, octroyé par l’Organisation internationale des épizooties (OIE).

Jeudi, la presse faisait état d’une polémique déclenchée par d’anciens responsables de l’Agriculture dénonçant une « politique d’Etat » pour occulter la présence de la maladie.

Selon eux, M. de la Rua le « savait depuis un an » mais, en août dernier, lors d’une réunion entre les autorités gouvernementales et des provinces, il avait été décidé de cacher l’existence de foyers de fièvre aphteuse afin de préserver les marchés à l’exportation de la viande argentine.

L’ancien directeur du SENASA, Bernando Cane, avait signalé, avant sa démission en mars 2000, « la présence de la fièvre aphteuse dans le bétail argentin, déjà connue du président Fernando de la Rua depuis un an », mais l’ex-secrétaire à l’Agriculture, Antonio Berhongaray, « a défendu ce qui a été fait », selon le quotidien économique Ambito Financiero.

M. Berhongaray –qui a démissionné la semaine dernière en même temps que le ministre de l’Economie José Luis Machinea– a admis que ne pas parler de la fièvre aphteuse a été « une politique d’Etat convenue avec les provinces ».

Le quotidien de gauche Pagina/12 titrait dans ses pages intérieures « Pacte pour cacher la fièvre aphteuse. Berhongaray admet qu’il y a eu un accord de silence », ajoutant que l’ex-secrétaire a « mis en cause le gouvernement, les responsables de l’agriculture et les exportateurs » qui « étaient tous au courant ».

Une plainte a été déposée au pénal par le Parti justicialiste (PJ, opposition péroniste) pour le « traitement officiel du problème de la fièvre aphteuse » et mettant en cause M. Berongharay notamment pour « incompétence » et avoir « persisté à nier l’existence de l’aphteuse dans le pays », selon un communiqué judiciaire.

Le quotidien Clarin a publié pour sa part une chronologie selon laquelle « le 10 août 2000 a eu lieu à Buenos Aires une réunion du Conseil fédéral agricole » convoquée par M. Berhongaray. Lors de cette réunion, « le gouvernement et les provinces conviennent de ne pas révéler les cas de fièvre aphteuse afin de préserver les marchés à l’exportation ».

L’agence privée Noticias Argentinas a publié des déclarations de M. Berhongaray qualifiant d’« imprudence » le fait d’avoir reconnu l’existence d’un foyer de fièvre aphteuse parce que « cela a fermé les marchés de l’extérieur ».

Les premières conséquences économiques de cette crise ont commencé à se faire sentir. Un entrepôt frigorifique de Mar del Plata (sud), dédié à l’exportation de viande et employant 300 personnes, a ainsi annoncé sa fermeture pour vendredi.

Source : AFP

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