L’Asie veut un ordre du jour réaliste à Doha sans questions « accessoires »

Singapour, 2 novembre 2001 – Faisant fi des questions « accessoires » soulevées par les Occidentaux, l’Asie, emmenée par la Chine, nouvelle venue au sein de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC), veut obtenir à Doha l’ouverture d’un nouveau cycle de négociations sur un ordre du jour réaliste, soulignent des responsables.

Il y a suffisamment de sujets pour lancer un nouveau cycle sur le commerce mondial avec en particulier l’agriculture, les services et l’industrie, font valoir des dirigeants de la région, qui compte nombre de pays en voie de développement (PVD).

La déprime de l’économie mondiale qui a suivi les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis rend encore plus urgent ce nouveau round, estime le Premier ministre de Singapour, Goh Chok Tong, qui demande aux pays de s’élever au-dessus des questions techniques pour unir leurs volonté politique et faire avancer les choses.

En dépit des efforts pour aplanir les divergences, des lignes de fracture demeurent sur l’adjonction d’éléments considérés comme étrangers au commerce tels que les normes sociales et l’environnement.

Ces thèmes ainsi que les oppositions sur l’agricultre, la concurrence et les règlements sur l’investissement sont susceptibles de faire échouer la rencontre ministérielle des 142 membres de l’OMC du 9 au 13 novembre à Doha, estiment des responsables.

L’Inde et la Malaisie ont annoncé qu’elles résisteraient aux pays développés si ces derniers veulent introduire des questions sans rapport avec l’ordre du jour.

Le Premier ministre malaisien Mahathir Mohamad a estimé possible que certains pays « amènent des questions accessoires qui ne sont pas liées au commerce mais qui pourraient avoir des conséquences négatives sur les pays pauvres ».

La Malaisie soutiendra un nouveau cycle, a expliqué M. Mahathir, adversaire d’une libéralisation sans entrave, « à la condition que l’ordre du jours nous convienne ».

Selon son ministre du Commerce Rafidah Aziz, Kuala Lumpur voudrait voir adopter un dispositif autorisant les pays membres à se soustraire aux contraintes litigieuses.

« Si la souplesse d’un tel dispositif peut être intégrée au processus conduisant à Doha, alors je suis en mesure d’apercevoir la mise en forme d’un ordre du jour », a-t-elle déclaré récemment.

Le Thaïlandais Suparchai Panitchpakdi, prochain directeur général de l’OMC, souligne que la volonté des Européens de restreindre les importations de nourriture pour des raisons sanitaires pourrait mettre en danger le lancement d’un nouveau round. Pour lui c’est là une des « questions les plus antinomiques ».

Pour l’Inde le nouveau cycle devrait être lancé une fois seulement que les pays riches auront satisfait à leurs engagements pris au cours des précédents. New Delhi craint que les PVD ne soient contraints de faire de nouvelles concessions sans rien obtenir en échange. Les délégués indiens veulent faire barrage aux tentatives de lier les questions du commerce avec les normes sociales ou l’environnement et ils exigeront un meilleur accès au marché des pays riches.

« Les pays asiatiques doivent adopter un ordre du jour de négociations réaliste », souligne Barry Desker, directeur de l’Institut pour les études stratégiques et de défense à Singapour et ancien haut responsable du commerce de ce pays.

« La meilleure attitude pour les pays asiatiques en développement consiste à adopter un ordre du jour de négociations réaliste et sensé sur le court terme mais dans le même temps garantir des ouvertures en vue de son élargissement quand ce sera le moment », estime-t-il.

L’entrée de la Chine à l’OMC qui devrait être officialisée à Doha va renforcer le poids de l’Asie à la table des négociations.

« Avec l’adhésion de la Chine la dynamique des négociations à l’OMC va changer. La capacité des Etats-Unis, de l’Union européenne, du Canada et du Japon à fixer l’ordre du jour sera réduite », affirme M. Desker.

Source : AFP

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