Le commerce équitable se développe en France dans la cacophonie

Paris (France), 30 septembre 2005 – Le commerce équitable, objet d’un salon international près de Paris, se développe en France dans la cacophonie des multiples associations qui s’en prévalent, divisées sur la dimension géographique de ces échanges et la commercialisation des produits.

Cette confusion risque de brouiller un message déjà peu entendu par les consommateurs français, dont les achats de produits du commerce équitable n’ont représenté en 2004 qu’1,13 euro par habitant en moyenne, contre 0,64 en 2003.

Goutte d’eau dans les échanges mondiaux (1%), le commerce équitable qui consiste à vendre à un « juste » prix les produits de petits producteurs des pays en voie de développement, est cependant en plein essor.

En France, les ventes de produits labellisés Max Havelaar, « poids-lourd » du secteur, ou vendus par Artisans du Monde, ont doublé en 2004 à 81 millions d’euros (dont 70 pour Max Havelaar), contre 45 en 2003.

Signe des vifs débats qui secouent les associations de commerce équitable, Max Havelaar a hésité avant de participer à ce salon organisé par une autre association, Minga, avec laquelle les discussions sont nombreuses.

Ces organisations s’affrontent sur le concept même de commerce équitable.

Minga estime que ce commerce ne peut pas être « réduit à la seule dimension Nord-Sud », c’est-à-dire à l’organisation des échanges « entre des pays développés et des producteurs désavantagés situés dans des pays en développement », tel que défini dans une loi sur les PME adoptée en août.

Des échanges Nord-Sud risquent de « reproduire des mécanismes d’économie coloniale, et d’aller à l’encontre de la souveraineté alimentaire des pays du Sud », estime Didier Porte, organisateur du salon pour Minga, qui milite pour des échanges équitables aussi entre pays du Nord.

Minga qui représente 80 groupements de producteurs, veut aussi veiller à la « transparence économique » de toute une filière, et pas seulement d’un produit.

Mais pour Max Havelaar, qui représente 95 groupements de producteurs dans 45 pays, le commerce équitable répond à des besoins « spécifiques » de producteurs du Sud, particulièrement isolés, tandis qu’au Nord, il faut regarder « aussi la Politique agricole commune ou ce que font les syndicats agricoles ».

Les associations divergent aussi sur la manière de commercialiser leurs produits.

Alors que Max Havelaar ou la marque Alter Eco sont favorables à une distribution en grande surface, pour « permettre à beaucoup de producteurs de bénéficier » du commerce équitable, des associations comme Artisans du Monde préfèrent avoir leur propre réseau indépendant de distribution.

Un tel réseau offre un débouché aux producteurs qui ne peuvent pas vendre ailleurs, « faute de quantités suffisantes produites » et évite de « s’inscrire dans une production de masse », soutient Artisans du Monde, qui possède en propre 160 points de vente.

Max Havelaar rappelle, lui, que 70% des gens font leurs courses en grande surface et que, « s’il y a un problème dans la distribution dans les pays du Nord, ce n’est pas aux producteurs du Sud de le résoudre ».

En outre, toutes ces associations ne jugent pas les produits à partir des mêmes critères, ce qui a conduit le gouvernement et l’Association française de normalisation à leur proposer, en mai dernier, d’élaborer un label français commun, « pour éviter que chaque marque invente son propre standard ».

Pour ajouter à la confusion, de grands groupes comme Nestlé ou Kraft se sont lancés dans le café « éthique », et sont accusés de tromper le public par la Fair Trade Fondation (Fondation pour le commerce équitable) en achetant leur café à un prix nettement inférieur à celui des associations.

Source : AFP

Commentaires