Le cordon sanitaire se resserre autour de l’UE

Londres (Grande-Bretagne), 16 mars 2001 – La mobilisation anti-fièvre aphteuse a pris jeudi de l’ampleur un peu partout dans le monde, et menace de plus en plus gravement la filière de la viande.

L’épizootie est entrée dans sa quatrième semaine en Grande-Bretagne, qualifiée de « lèpre de l’Europe » en Irlande, et qui compte à présent 240 foyers déclarés.

Les autorités ont annoncé leur intention d’intensifier le rythme de l’abattage du bétail suspect, en l’étendant à tous les animaux présents dans un rayon de trois kilomètres autour des sites infectés.

En France, aucun nouveau foyer n’a été déclaré en dehors du premier, qui a été confirmé mardi en Mayenne, mais 22 exploitations dans 13 départements sont maintenues sous surveillance, a annoncé la Direction générale de l’Alimentation (DGAL).

Sur le marché des denrées à Chicago, le prix du porc a fortement monté dans l’anticipation que les importations de viande européenne stimuleront la demande de porc américain. A l’inverse, la perspectives d’abattages massifs de bétail a fait chuter les cours des tourteaux de soja et de maïs parce qu’avec moins d’animaux à nourrir, la demande baissera.

En Allemagne, les autorités de Thuringe ont annoncé que des tests étaient en cours sur 6.000 porcs appartenant à un même élevage.

Par mesure de précaution, Bärbel Hörn, ministre de l’Environnement du Land de Rhénanie du Nord- Westphalie s’est par ailleurs prononcée pour le report du projet de reprise des transports de déchets nucléaires entre la France et l’Allemagne.

La Hague se trouve à une centaine de km de la Baroche-Gondouin (Mayenne), où a été découvert mardi le premier foyer de fièvre aphteuse en Europe continentale, a-t-elle précisé.

La ministre s’est dit convaincue que la fièvre touchera bientôt l’Allemagne. « Il est clair que la maladie est maintenant arrivée en Europe continentale », a-t-elle dit.

Les autorités portugaises, pour leur part, ont fait savoir qu’elles avaient détecté des anticorps de la maladie chez deux animaux importés des Pays-Bas. La présence d’anticorps ne signifie pas nécessairement que les bêtes sont malades, mais indique qu’elles ont été en contact avec des animaux qui l’étaient.

Lisbonne s’est dit prête à vacciner son cheptel si des cas sont décelés en Espagne.

Embargo autrichien sur la France

Bien qu’en France aucun nouveau cas n’ait été détecté, l’Autriche a décrété un embargo sur les animaux à sabots fendus et les produits animaux français.

Le ministre de la Santé autrichien, Herbert Haupt, a décrété l’embargo en raison des risques de contagion à travers le continent, a fait savoir son porte-parole, Gerlad Grosz, cité par l’agence APA.

En Norvège, où les importations de viande européenne sont interdites depuis mercredi, un journal local a demandé, peut-être en plaisantant, que les acteurs britanniques et français, dont Gérard Depardieu, qui doivent tourner un film dans la campagne norvégienne soient désinfectés à chacun de leurs déplacements.

La Turquie a de son côté annoncé un embargo sur les produits laitiers, sauf ceux fabriqués à base de lait pasteurisé, ainsi que sur les produits tels que les peaux de bête et la laine en provenance des pays touchés par l’épizootie.

Au-delà des frontières européennes, la maladie a en outre été détectée dans les pays du Golfe, qui ont commencé à leur tour à ériger des cordons sanitaires.

A Doubaï, Ali Arab, chef du département de l’Elevage au ministère de l’Agriculture des Emirats arabes unis, a indiqué à Reuters que huit animaux malades avaient été tués et qu’une quarantaine avait été décrétée sur les fermes où des cas ont été repérés.

Ces nouveaux cas, ainsi que ceux qui pourraient avoir été découverts en Arabie saoudite, chez deux veaux, sont les premiers signalés dans les pays du Golfe.

« Les Emirats arabes unis sont maintenant exempts de fièvre aphteuse », a-t-il déclaré, rejetant des allégations, publiées par la presse, selon lesquelles d’autres cas auraient été détectés.

Emirats arabes: front sanitaire uni

Coordonnant leurs efforts en vue d’éviter la contagion, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis, le sultanat d’Oman, le Koweït, le Bahreïn et le Qatar sont venus grossir jeudi la liste des pays qui ont décrété des embargos sur les produits animaux en provenance de la Grande-Bretagne et de l’Europe en général.

Le commissaire européen chargé de la Sécurité alimentaire, David Byrne, a demandé aux pays concernés de lever leurs embargos sur la viande et les céréales européennes. Le Maroc et la Tunisie, qui sont d’importants débouchés pour le blé européen, ont fait savoir jeudi qu’ils n’interdiraient pas l’importation de céréales en provenance d’Europe.

Les Etats-Unis ont par ailleurs assuré la Commission européenne que leur embargo sur la viande et les produits laitiers en provenance de l’UE, qualifié d’« excessif » par la Commission était temporaire, a indiqué Beate Gminder, porte-parole de Byrne.

Le département américain de l’agriculture a déclaré qu’il réexaminerait dans environ deux semaines son interdiction des importations de viande et d’animaux sur pied.

Le sénateur Tom Daschle, leader du groupe démocrate au sénat, a invité le gouvernement Bush a interdire toute importation de viande, d’où qu’elle soit, sur le territoire américain.

De nouveaux embargos sur les importations de produits animaux ont néanmoins été annoncés, et notamment vis-à-vis de l’Argentine, où le premier cas confirmé de fièvre aphteuse a été annoncé mercredi.

La Bulgarie a été le dernier pays en date à interdire les importations de viande en provenance d’Argentine, suivie ensuite par les Etats-Unis et l’Union européenne.

Les multiples embargos qui frappent la filière de la viande européenne risque de donner un coup de fouet aux exportations nord-américaines. Au Japon, les négociants indiquent que les importateurs cherchaient désespérément à faire venir du porc en provenance du Canada et des Etats-Unis.

Source : Reuters

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