Le futur est très prometteur pour le boeuf

L’analyste de marché Brett Stuart tire cette conclusion

Depuis le déclin du cheptel de porc suite à la peste porcine africaine, les Chinois ont découvert un engouement pour la viande de boeuf.

Le futur est prometteur pour le bœuf. Après une baisse du prix du bœuf depuis 2015, le prix est maintenant en train de remonter et ce n’est pas près de s’arrêter. Selon l’analyste des marchés et cofondateur de Global AgriTrends, Brett Stuart, le prix du bœuf devrait même atteindre un sommet d’ici deux mois.

Brett Stuart faisait une présentation lors des conférences de Merck Santé animale à l'intention des producteurs des bouvillons d'engraissement le 24 août 2021.

Plusieurs raisons expliquent les prix soutenus, mais la plus importante est sans aucun doute l’intérêt de plus en plus marqué de la Chine pour cette viande.

Effet COVID

Dans les pays où la vaccination a dépassé les 50% de la population, l’économie a pu reprendre. C’est le cas du Canada, des États-Unis, la Chine, la Grande-Bretagne, et l’Espagne. Lorsque les autres pays auront atteint le même seuil de vaccination, en 2022, on pourra parler de reprise économique mondiale.

Selon Brett Stuart, le variant Delta pourrait jouer les trouble-fêtes. Cependant, même si ce variant est plus contagieux, il semble ne pas causer autant de décès que le variant original.

Diminution de l’offre de bœuf

Avec la peste porcine africaine qui a sévi en 2018, 60% du cheptel porcin chinois a été abattu. Pour répondre à leur faim de viande, les Chinois, qui compte une classe moyenne de plus en plus grande, ont remplacé une partie de leur consommation de porc par du bœuf.

Ils se sont tournés vers le Brésil, mais ce pays offre surtout des bouvillons de plus de 30 mois d’âge, ce que les Chinois refusent. Les Brésiliens ont donc vendu des jeunes animaux, ce qui a eu pour effet de liquider une partie de la relève de leur cheptel. En conséquence, le Brésil a moins de bœuf à vendre et le prix de cette viande a fortement grimpé dans la dernière année. Les abattages de bœuf ont diminué de 8% en un an.

« Le cheptel ne peut pas se rétablir avant cinq ans », explique Brett Stuart en parlant du cheptel bovin brésilien.

En Australie, les abattages sont en baisse de 27% depuis un an. En Argentine, ils ont réduit les exportations de bœuf de moitié afin de contenir l’inflation. L’Uruguay profite de cet engouement de la Chine maintenant que le Brésil a diminué ses exportations vers la Chine. Cela occasionne une inflation grandissante du prix du bœuf. En Inde, la COVID a causé un déclin de 7% des exportations de bœuf comparativement à 2019.

« Chaque exportateur majeur sur les marchés mondiaux est en déclin ou s’apprête à être en déclin », dit Brett Stuart.

Demande soutenue de la Chine

Suite à la peste porcine africaine en Chine, le prix du porc a grandement monté, mais les Chinois se sont mis à acheter aussi du bœuf. Conclusion : maintenant, ils en rafolent et ils en veulent plus. Le prix du porc a diminué de 50% comparativement l’an dernier, mais le prix du bœuf est de 3% plus élevé que l’an dernier.

Avec la baisse des exportations de plusieurs pays, c’est de plus en plus vers les États-Unis que les Chinois se tournent. Les importations chinoises de bœuf ont totalisé 2 millions de tonnes métriques l’an dernier, d’une valeur de 10 milliards $US.

Et le futur?

Est-ce que les marchés peuvent soutenir une croissance perpétuelle? C’est ce que Brett Stuart se demande. Et d’où proviendra cette croissance? C’est une question de ressources. Il y a aussi des risques sur les politiques sur le climat, les environnementalistes, les activistes animaliers, les tendances des consommateurs et la disponibilité des aliments pour le bétail.

Sans exporter de bœuf vers la Chine, le Canada bénéficie des prix mondiaux élevés et des marchés de niche comme le Japon.

De son côté, les États-Unis augmentent leurs exportations vers la Chine de 1076% en 2021. Tout cela alors que la reprise anticipée après la COVID n’est pas encore complétée.

La demande américaine et mondiale pour la viande de bœuf reste forte. Malgré tout, les compagnies sont frileuses de construire de nouveaux abattoirs en raison du délai de livraison.

En raison de tous ces facteurs, Brett Stuart évalue que l’offre de viande va continuer d’augmenter et à un rythme beaucoup plus élevé que ce que prédit la FAO.

à propos de l'auteur

Agronome et journaliste

Marie-Josée Parent

Marie-Josée Parent couvre les productions laitière, bovine, avicole et porcine au Bulletin des agriculteurs.

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